Formation d’aide-préparateurs: les étudiants en pharmacie en colère, le SNAPO s’explique

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Formation d'aide-préparateurs: les étudiants en pharmacie en colère, le SNAPO s'explique
Formation d'aide-préparateurs: les étudiants en pharmacie en colère, le SNAPO s'explique
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Les étudiants et diplômés en pharmacie crient leur ras le bol. Depuis plusieurs jours, ils appellent à « sauver » le secteur en Algérie et surtout, à « réhabiliter » le métier. A l’origine de cette colère, l’annonce par le ministère de la Santé du lancement d’une formation qualifiante au profit d’aides-soignants afin de les qualifier au poste d’aide-préparateurs dans les officines. Une goutte qui a fait déborder le vase.

Les réseaux sociaux pullulaient du hashtag « Sauvez la pharmacie » ces derniers jours. Sur Twitter, le hashtag a été propulsé en tête des tendances en Algérie. Sur Facebook, plusieurs pages ont enregistré un rush des étudiants et diplômés de la spécialité, qui publiaient le hashtag dans les commentaires.

Les étudiants de cette spécialité étaient surpris d’apprendre, dans un communiqué datant de la semaine dernière, l’ouverture par la Direction de la formation du ministère de la Santé et ce, en collaboration avec le Syndicat national Algérien des Pharmaciens d’officine (SNAPO), « d’une formation d’aide-préparateur en officines destinés aux aides soignants, produit de formations des établissements privés de formation paramédicale ».

« Les inscriptions à cette formation d’aide préparateur en officine débutera à compter du 27 avril au 27 mai 2021, au niveau des établissements privés de formation paramédicale, sélectionnés comme des établissements pilotes », lit-on dans le communiqué, qui liste les établissements concernés dans plusieurs wilayas.

« Nous sommes prioritaires »

« Le ministère doit déjà faire face à un problème de chômage pour les diplômés en pharmacie. Les postes manquent chez l’Etat, dans les officines, chez les laboratoires .. Comment peuvent-ils écarter les personnes issues du domaine ? La pharmacie, c’est pour les diplômés en pharmacie … Pourquoi écarter tous les nouveaux diplômés pour offrir de nouvelles formations de 06 ou 12 mois et attribuer le titre d’aide-préparateur en pharmacie », s’indigne un étudiant dans une déclaration à 24H Algérie.

Les étudiants et nouveaux diplômés n’étaient pas les seuls à exprimer leur colère. L’Association nationale des pharmaciens algériens (ANPHA) a exprimé sa « surprise » quant à l’annonce par le ministère de cette formation.

L’association affirme ainsi dans son communiqué que « les textes réglementaires ne permettent pas de créer ces formations. Le retard de publication de décrets et de textes complétant la dernière loi sanitaire de 2018 suscite beaucoup de questionnements d’incompréhension ! Les instructions et le « temporaire » ont dominé la réglementation », lit-on.

L’ANPHA rajoute que « jusqu’à présent, il n’y a rien qui définit les différents statuts et sépare les responsabilités. Ainsi les qualifications scientifiques et techniques pour chaque statut et emploi. Même les anciens textes existants depuis 1971 liés à l’organisation de la pharmacie, qui parlaient des préparateurs et de leurs assistants, doivent être revus en raison du grand développement et des mutations des sciences pharmaceutiques et des métiers de la pharmacie ».

Dans son communiqué, cette organisation évoque surtout « la responsabilité pharmaceutique ». « Il n’est pas possible de parler des préparateurs en officine et leurs qualifications et statuts avant de parler de la responsabilité pharmaceutique, qui relève des fonctions du pharmacien, qui doit superviser personnellement l’acte pharmaceutique et la formation de tous les employés et praticiens par la suite », rappelle l’association.

Autre point évoqué par l’ANPHA: la formation, et son contenu. « Les évolutions du secteur pharmaceutique nécessitent une réforme totale de la formation pédagogique de tous les praticiens de la santé sans exception et en particulier celle du pharmacien. Tout projet de formation doit se baser sur les qualifications et les compétences recherchées », affirme cette association.

Cette association avertit ainsi contre le « recours à une formation qualifiante sous la couverture du ministère de la Santé », qui servirait « juste à contrer l’anarchie des autres formations proposées. Ce n’est pas forcément la meilleure option ».

« Ils n’ont pas à être en colère », estime le SNAPO

Messaoud Belambri, Syndicat national Algérien des Pharmaciens d’officine (SNAPO), a expliqué la démarche de son association et celle du ministère de la Santé. Il affirme que cette formation est « l’aboutissement de près de 15 ans de travail et de démarches du SNAPO auprès des autorités concernées ». De son avis, cette formation aspire à « organiser la pharmacie d’officine en Algérie ».

« La pharmacie fonctionne avec son pharmacien titulaire, diplômé, autorisé par le ministère de la Santé à exercer, accompagné par des professionnels de différents métiers, à l’instar des assistants, des auxiliaires, des chargés du tiers payant, des stocks, des commandes, des secrétaires … En officine, ce qui est habituel, c’est le pharmacien, pharmacien assistant, préparateur en pharmacie et les aides de tous métiers confondus », explique-t-il dans une déclaration à 24H Algérie.

« Cela dépend du pays. Chez nous, aucune formation n’est dispenser pour former le personnel qui doit travailler au niveau des officines. Il y avait uniquement, par le passé, la formation des préparateurs mais elle a été abandonnée. Elle se fait de manière aléatoire mais pas de manière régulière. Un programme qui est fait pour le préparateur en pharmacie hospitalière », poursuit M. Belambri.

« Depuis des décennies, le pharmacien en officine est seul, désemparé. Aucune formation pour le personnel officinal n’est dispensé. Les officines se sont ainsi mises à employer n’importe qui, pas du personnel formé pour venir en aide aux pharmaciens dans les tâches quotidiennes. Cela nous gênait beaucoup. Même les pharmaciens en était fatigués de recruter des universitaires, toutes branches confondues et les former. Cela nous demandait beaucoup d’efforts et cela ne répondait pas aux besoins. », poursuit le président du SNAP.

Le président du SNAPO regrettait ainsi que les « pharmaciens soient critiqués parce qu’ils n’emploient pas du personnel spécialisé, alors que la formation n’existe pas ».

« Cela fait plus de 15 ans que nous démarchons le ministère de la Santé pour relancer cette formation. Mais comme ces personnes formées aillent généralement vers le privé, que la capacité de formation des autorités sont limitées, ils ne pouvait pas « former pour les autres ». Avec toues les écoles paramédicales que le ministère détient, ils ont toujours du mal à subvenir à leurs propres besoins dans le secteur public », fait-il remarquer.

« Il fallait chercher des solutions ailleurs. Les Tunisiens se sont adressés à la Formation professionnelle. Nous l’avons fait. Nous avons été reçus par le SG à l’époque en présence de toutes les équipes pédagogiques avec un projet de formation de 3 ans. Nous avions travaillé dur. Quand nous avons finalisé le projet, 24 mois de théorie puis 6 mois, nous avons rencontré des obstacles juridiques. Le ministère de la Santé n’a pas validé cette formation », explique le SNAPO.

Ce syndicat explique ainsi avoir de nouveau démarché le ministère de la Santé. « Ils bloquaient notre projet, nous leur avons ainsi demandé de nous en donner. La Direction de la formation a de ce fait lancé cette formation et créé ce statut d’aide-préparateur ». 

« Il s’agit d’une formation de 12 mois théorique plus 6 mois de stage au niveau des officines. Un métier spécialisé pour assurer certaines tâches dans les officines. La formation porte sur de la biochimie, de la gestion, de la déontologie et même de l’informatique. Un titre nouveau, l’aide-préparateur puisque le titre de préparateur est enregistré mais uniquement pour l’officine hospitalière », rajoute-t-il à 24H Algérie.

Messaoud Belambri explique que cette démarche a également pour but de contrer les « écoles de tout qui s’improvisaient en formateur de « vendeur en pharmacie », titre que nous rejetons d’ailleurs. La pharmacie est un espace de santé et le pharmacien ne vend pas mais dispense un médicament.

« Des écoles de formation paramédicale, agréées par le ministère, vont ainsi assurer cette formation d’aide-préparateur, selon un programme agréé et conçu par la tutelle, pour acquérir un certificat de formation », poursuit-il.

Pour M. Belambri, les étudiants et nouveaux diplômés « n’ont pas à être en colère ». »Il n’y a aucune confusion entre un pharmacien et un non-pharmacien. Nous dénombrons 11.500 pharmaciens, pour 52.000 employés dans les officines. La pharmacie est un cabinet médical, comme dans un hôpital où nous trouvons le résident, le professeur, l’interne, le technicien supérieur, la femme de ménage, l’agent de bureau, la secrétaire, le soignant, l’aide-soignant, de différents degré de métiers, comme dans toute administration ».

Le SNAPO estime ainsi que « c’est une avancée pour la pharmacie en Algérie et son organisation. Dans le monde entier, on parle d’équipe officinale ».

Pour le président de ce syndicat, il n’est pas question de « recruter un pharmacien pour exercer comme aide-préparateur ou pour lui demander de soulever des cartons. C’est un grade. Nous ne mettrons pas un pharmacien au même niveau qu’un vendeur, ou qu’un aide-soignant. Il a sa valeur, explique-t-il.

22% des nouveaux diplômés en pharmacie au chômage

La création de cette formation par le ministère de la Santé est la goute qui a fait débordé le vase chez les étudiants et jeunes diplômés en pharmacie, qui envisagent de mener des débrayages pour alerter et améliorer leurs situations.

Sur les réseaux sociaux, où les étudiants débattent et s’organisent, ils évoquent une série de revendications. Ils exigent ainsi de consacrer un quota aux pharmaciens pour chaque services des établissements hospitaliers, d’employer, « au moins 07 pharmaciens dans les laboratoires de fabrication de médicaments, de matériels médicaux, de compléments alimentaires ou de produits cosmétiques.

Il exigent aussi l’augmentation du nombre de postes dans les hôpitaux publics ainsi que la révision de la procédure d’octroi de l’agrément pour l’exercice du métier dans les officines. Les étudiants et nouveaux diplômés demandent également une retraite obligatoire à partir de 65 ans et l’octroi de crédits sans intérêts au profit des porteurs de projets dans le domaine.

Selon une étude dévoilée par l’ANPHA en janvier 2021, 22% des nouveaux diplômés en pharmacie sont au chômage. La même étude, qui portait sur leur situation socioprofessionnelle, explique que les opportunités « d’emploi sont très réduites dans les trois premières années post-universitaire hors officine ».

L’enquête, menée sur les réseaux sociaux sur un échantillon de plus de 3.300 pharmaciens, montre que « 80% des répondants considèrent qu’il est très difficile de trouver un emploi dans le secteur pharmaceutique ».«36% affirment trouver très difficilement un emploi dans le secteur pharmaceutique, 45% difficilement et 19% facilement», affirme-t-elle.

«En l’espace de cinq ans entre 2015 et 2019, le nombre des diplômés a augmenté de 16% et celui des pharmaciens sans emploi de 34%. Ce qui signifie que la vitesse d’augmentation du taux de chômage est supérieure à celle du nombre de diplômés sur l’échantillon de l’enquête», avait noté l’Anpha.

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