Féminicide en Algérie: des spécialistes en parlent

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Féminicide en Algérie: des spécialistes en parlent
Féminicide en Algérie: des spécialistes en parlent

Le dernier féminicide en Algérie recensé date du 2 mars, dans la wilaya de Béchar. Il y a trois jours, une femme a été décapitée par son père à Tizi Ouzou. Il y a une semaine une femme a été tuée à coup de machette à Khenchla. Ce bilan « macabre », et la « recrudescence » des féminicides en Algérie, et bien d’autres aspects liés a ce problème social en Algérie ont été au cœur d’un débat organisé ce mercredi 3 mars, par « radio voix de femme ».

Les intervenantes, Amel Hadjaj, militante, Khadidja Boussaid, Chercheuse au CREAD, et Wassila Hamdi psychologue clinicienne, spécialiste en psycho-trauma, ont tenté, par le prisme de leurs domaines respectifs, de mettre en lumière, les circonstances qui entourent le féminicide.

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Selon les chiffres de la plateforme Féminicide DZ, l’Algérie a enregistré en 2020, 54 féminicides et depuis le début de l’année 2021, 9 féminicides.

Selon les intervenantes, un fait devient social quand il est répétitif. C’est le cas du féminicide en Algérie même s’il est souvent considéré comme un « fait divers ».

Pour la militante Amel Hadjaj, en 2012 la gendarmerie nationale et la sureté nationale, ont donné le chiffre de 261 féminicides à travers l’Algérie. Un chiffre approximatif, puisque les enquêtes menées par ces deux instances étaient seulement au niveau des villes. Cependant, il s’agit d’un chiffre officiel. La militante déplore que depuis cette année, aucun bilan n’ait été communiqué par un corps de sécurité.

« L’absence de chiffres sur les meurtres commis contre les femmes, complique davantage la situation. Si les parties concernées donnaient des chiffres annuels exhaustifs, cela aiderait les militantes qui plaident depuis plusieurs années pour une loi-cadre contre les violences faites aux femmes. Cela démontrerait l’ampleur du fléau. C’est pour cela qu’il faut que les médias, militants et la société civile se mobilisent pour dénoncer ces crimes crapuleux contre les femmes », précise la militante.

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Ce manque de chiffre a également été relevé par Khadidja Boussaid, sociologue de l’Urbain, chercheuse permanente au centre de recherche en économie appliquée pour le développement. Selon cette scientifique, avoir des données permet aux chercheurs d’étudier les éléments qui entourent le féminicide et aller au fond du problème.

« Si on se base sur les chiffres apportés par la plateforme Féminicide Dz, la tranche d’âge des femmes victime de féminicide est de 15 à 84 ans. A partir de cette donnée, on constate que l’âge n’est pas un facteur de féminicide. Par contre leur meurtrier est toujours une personne très proche de la victime, à savoir le père, le frère, l’époux ou encore l’ex-fiancé. Cela révèle que la famille est l’espace centrale de la construction de la violence « , indique Khadidja Boussaid.

Pour sa part, Wassila Hamdi, psychologue clinicienne, spécialiste en psycho-trauma, explique que le féminicide est l’aboutissement d’un long parcours de violences. Les coups, la violence verbale, la pression psychologique, et bien d’autres agressions précèdent le meurtre. Cependant il y a confusion dans l’interprétation.

« Le comportement d’un paranoïaque est souvent interprété comme étant un homme soucieux. Un psychopathe qui élève la voix, on dit souvent que c’est de la virilité, que c’est un dur. Ces interprétations sont courantes particulièrement chez les femmes, alors que le plus souvent on est face à des personnalités pathologiques », explique Wassila Hamdi.

Absence de lois est de mécanisme

La présidente de l’association femme en communication, Naffissa Lahrech déplore l’inexistence de loi cadre et le manque de centres d’accueils pour les femmes.

« En 2007 nous avons proposé une loi-cadre contre les violences faites aux femmes. La loi-cadre n’a pas été acceptée et on nous a proposé un amendement dans le Code pénal. On s’est dit c’est mieux que de ne rien obtenir, seulement on nous a piégé avec la clause du pardon, qui fait tomber les charges contre l’époux si la femme lui pardonne », souligne Nafissa Lahrech.

Par ailleurs, elle rappelle l’importance de la mobilisation pour dénoncer les violences. « Le projet de la loi-cadre est resté bloqué pendant un an au niveau du sénat. Après un féminicide à M’sila où il y a eu une énorme mobilisation de la part de la population locale, le dossier est enfin passé. Il faut que la pression soit à tous les niveaux si on veut se faire entendre », note Naffissa Lahrech.

La problématique du manque de centres d’accueil pour les femmes victimes de violences doit être réglée selon les intervenantes. Celles-ci expliquent que beaucoup de femmes ne dénoncent pas leurs agresseurs car elles n’ont pas où aller, et n’ont pas de revenus.

Dans ce sens, Amel Hadjaj rappelle que dans le cadre des recommandations publiée par l’association des femmes pour un changement pour l’égalité, ce point a particulièrement été mis en exergue.

« Nous avons demandé à ce que des auberges soient construites sur tout le territoire national et accueillent des femmes en danger quelques soient leur statut matrimonial. Et allouer un budget pour la gestion de ces établissements pour qu’ils ne soient pas contraints de fermer par manque de moyen » souligne Amel Hadjaj.

Les intervenantes plaident également pour l’indépendance économique des femmes. Amel Hadjaj indique que le taux de chômage global est de 10% pour les hommes et 20% pour les femmes. Elle estime que le manque de revenu, laisse la femme toujours dépendante d’un membre de son entourage.

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