Ces silences que seuls nos rêves ou la peinture révèlent

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Fella Tamzali Tahri : Ces silences que seuls nos rêves ou la peinture révèlent

Fella Tamzali Tahari débute sa carrière artistique en se dirigeant vers l’architecture : en 1995, elle reçoit son diplôme de l’Ecole Polytechnique d’Architecture d’Alger. Après avoir travaillé en tant qu’architecte, elle intègre l’école des Beaux arts d’Alger en 2008 et obtient son diplôme en 2013.

Elle fait le choix de la figuration qui, à ses yeux, est un sujet important  dans le contexte de l’Algérie contemporaine qui est pétrie d’un Islam traditionnel et caricaturé par une orthodoxie contemporaine et où le langage du corps , la représentation des émotions ou du désir restent souvent tabou . 

Dans l’histoire de l’art, l’art figuratif est une représentation du visible, une interprétation du monde du monde réel. 

Rappelons ici que la figuration est aussi une réaction à la peinture abstraite (avec Benanteur, Khadda, Ben Bella …) et plus tard conceptuelle (celle à laquelle se rattachent Sadek Rahim, Kader Attia, et d’autres) . Elle marque la succession des générations entre les artistes en Algérie et dans le monde .

Pour Fella Tahari Tamzali «  C’est principalement la question du sens et de la nécessité d’une peinture qui ne renie pas les codes visuels du spectateur local, pour contribuer au débat en cours dans ma société, qui m’entraine à développer une figuration qui s’appuie sur le geste comme langage du corps pour une peinture qui cherche à être éloquente .

L’artiste laisse parler une culture classique dans son travail et convoque la Vénus de Botticelli  dans un hammam, la figuration est une forme qui lui permet l’accession au public. Son propos n’est pas politique mais son sujet oui et il interroge l’espace domestique, le dedans face au dehors.

Fella Tamzali Tahari semble  faire le constat de l’hostilité des relations entre les femmes d’autres artistes femmes . On est donc loin d’une vision féministe qui pourrait avoir un rapport presque romantique sur la sororité (qui signifie sœur ou cousine, sororité est l’équivalent féminin de fraternité, on parle aussi d’adelphité)..  Les femmes s’épient, construisent des rapports d’oppression dans les intimités, les intérieurs parfois cloitrés tout comme le patriarcat a fait en externe.

Cette pression, voire oppression se traduit dans les toiles de Fella Tahiri  par les corps qui sont représentés avec un animal hostile ou presque apprivoisé tel un cerbère .

Pourtant pour la psychanalyste Catherine Vanier, la relation mère-fille est la matrice de toutes les rivalités. «Le premier objet d’amour, c’est la mère. Il y a un lien vital, fusionnel, d’un pouvoir absolu. Si la mère retire cet amour, c’est la vie même qui est en jeu. Au moment de l’Œdipe, la fille se tourne vers le père et se trouve en concurrence avec cette mère pour qui elle a un amour fou. Cela entraîne une ambivalence fondamentale qui, pour certaines femmes, va persister sous la forme du spectre obsédant de l’“autre femme”.

L’art de Fella Tamzali Tahari nous propose des figures archétypales dans un espace domestique avec une volonté d’interroger la société . Et comme elle est aussi architecte ses corps occupent l’espace par le volume : un hammam, un rêve, un cauchemar ou une et seule personne à plusieurs moments différents qui nous renvoie à la Vénus de Botticelli. Une jeune femme qui nettoie un sol sous le regard hostile d’une autre assise sur une chaise . 

Les couleurs sont douces, lumineuses et parfois sombres, violentes, rouge sang qui semblent indiquer des moments douloureux . 

Dans son oeuvre la ronde crée pour les ateliers sauvages , Fella Tamzali Tahari nous peint une grande fresque troublante, peinte sur des morceaux de bois collés au mur: une tête de taureau coupée, du sang qui coule, des enfants habillés en blanc jouent. Cest le jour de lAïd où lon fête le sacrifice.

Ainsi Fella Tahari n’hésite pas à être au plus prés de ses émotions, comme souvent les femmes artistes,  au contraire des hommes qui cherchent le discours , la narration politique (nécessaire elle aussi ) . 

Le monde est une mâchoire et on y rode été comme hiver,  dans des histoires au goût de silence , invisible à nos jours et à nos nuits et que seuls nos rêves ou la peinture révèlent . 

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1 commentaire

  1. Bonjour, azul,
    Je vous remercie pour ce texte qui donne envie de faire immersion dans l’environnement artistique de Mme. FT2.

    L’écriture étant une autre forme figurative qui permet de donner vie aux émotions, l’auteure de l’article a su peindre (sans jeu de mots aucun) une belle bulle autour du travail de l’artiste.

    En faisant référence à deux reprises à la Primavera de Botticelli, l’auteure a titillé ma curiosité intellectuelle car immense est une telle analogie. L’artiste assume-t-elle cela comme une filiation artistique ou c’est juste le regard aiguisé de la critique?

    En ces temps où les repères de vie sont totalement chamboulés, la peinture, la lecture, la musique et toutes les autres formes d’expressions artistiques sont de nature à apaiser les tourments qui remettent en cause nos certitudes (si certitude il y avait) et montrent à quel point cette vie, aussi aléatoire soit-elle, est à vivre pleinement.

    Si cela est du domaine du possible, merci de nous orienter vers un espace (réel ou virtuel) où on pourra admirer l’expression artistique de Mme. FT2.

    Prenez soin de vous.

    Nota Bene : merci à « 24hDZ » pour ces articles. La qualité de cet espace se bonifie au fil des publications. Je tenais à le signaler.

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