En fauteuil roulant dans la ville: le parcours du combattant de Fouzia

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Fouzia militante pour les hadicapés
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Sur sa chaise roulante, Fouzia brave chaque jour les obstacles dans l’espace urbain où pratiquement rien n’est prévu pour tenir compte des personnes atteintes d’infirmité. Se déplacer sur une distance de quelques mètres est un parcours du combattant pour cette jeune femme atteinte d’une infirmité motrice. Chaque jour, elle doit composer avec un environnement hostile : la rue. «Un handicap est une contrainte avec laquelle on apprend à vivre, mais l’espace urbain est un danger permanent qui nous empêche de vivre normalement», déplore Fouzia.

Fouzia a toujours habité El-Biar. Elle nous donne rendez-vous à Place Kennedy. En là voyant arriver, maîtrisant parfaitement son fauteuil roulant électrique, on penserait que la route ne présente aucun danger. Mais c’est une vision trompeuse car les choix de déplacements de Fouzia se concentrent, le plus souvent, sur des trajets connus pour éviter les imprévus.

«Je n’habite pas loin de la Place Kennedy, si la route était adaptée j’aurai mis quelques minutes pour arriver. Seulement je dois faire attention au revêtement de la route, aux trous, aux bosses, aux pentes, aux arbres au milieu du trottoir et j’en passe. Tous les chemins sont pavés de difficultés, c’est vraiment la double peine pour nous. On se sent exclus de la rue» dit-elle dépitée mais pas découragée pour autant.

Cette dame de 40 ans vit le lancinant problème de l’accessibilité comme un second handicap qui a compliqué chaque étape de sa vie. Arrivée à l’âge d’être scolarisée, Fouzia a été privé de ce droit élémentaire. La raison: la bâtisse de l’école n’était pas adéquate à une élève sur chaise roulante. «On disait t souvent aux parents: si vous voulez que votre enfant soit scolarisé, débrouillez-vous pour le transporter» souligne-t-elle en relevant que le problème persiste à ce jour.

«Passons sur les soucis de l’espace urbain et parlons des établissements de santé privés. Vous trouvez normal qu’un rhumatologue ou un kinésithérapeute, installe son cabinet au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur? C’est quand même aberrant, quand on sait que leurs patients souffrent de faiblesses musculaires».    

Ce n’est qu’en 2011 que Fouzia a franchit le seuil de sa maison toute seule. C’était après avoir eu son fauteuil électrique. Fouzia refuse catégoriquement qu’un membre de sa famille l’accompagne. «Avoir un handicap et ne pas pouvoir sortir de sa maison agit négativement sur notre état d’esprit. On se sent comme un poids pour notre famille et la société. En obtenant mon fauteuil roulant, j’ai gagné mon autonomie. J’ai enfin eu une vie sociale. Mais je m’expose également à un plus grand risque ».

«Une société inadaptée»

Fouzia sort quotidiennement. Elle fait ses courses, retire des papiers administratifs, voit ses amis…etc. Mais il faut l’accompagner pour prendre la mesure des efforts qu’elle doit consentir. En l’accompagnant dans son quartier à El-Biar, nous avons pu constater à quel point constate que son chemin est semé d’embûches.

«Ma hantise c’est les voitures, j’ai été percutée trois fois, car les conducteurs ne m’ont pas vue. Mon fauteuil roulant n’est pas conçu pour la route mais comme les marches des trottoirs sont trop élevées, je suis obligée de conduire avec les véhicules».

Elle montre sur son chemin ces choses qui lui compliquent la vie. Pratiquement les entrées de tous les magasins sont infranchissables et Fouzia ne peut même pas demander de l’aide car son fauteuil ne peut être soulevé. Ce qu’elle déplore le plus, ce sont ces voitures garées sur les trottoirs. «Sans le moindre scrupule, ces gens-là klaxonnent pour que je hâte ma conduite afin qu’ils puissent garer leur voiture », s’indigne-t-elle.

«Ce sont les comportements des gens qui nous touchent le plus. Quand on demande à certains commerçants, pourquoi il n’y a pas de pente à l’entrée de leur magasin, on nous répond sèchement que c’est coûteux ou encore qu’ils n’ont pas de clients sur chaise roulante» .

Mais Fouzia ne se décourage pas, cette jeune femme au caractère bien trempé, tient à préciser qu’elle ne prête pas attention au regard réducteur de la société. «Je ne suis pas une personne qui s’apitoie sur son sort. Je suis très bien dans ma peau, je n’ai connu que ce corps donc je ne me sens pas différente. C’est à la société de s’adapter à moi, c’est pourquoi je n’hésite pas à interpeller tout individu ou institution qui ne prend pas en considération ma préoccupation » affirme Fouzia.

Militer pour le changement

En 2011, Fouzia crée la page Facebook «Les handicapés d’El Biar», suivies par 14 mille personnes. L’idée de départ était de recenser les besoins des personnes à mobilité réduite de son quartier afin de leur venir en aide. Au fil des années, cette page a pris une dimension nationale, des associations et donateurs y adhèrent, et la page devient un porte-voix des personnes à mobilité réduite.

«Je chapeaute en ce moment une action de solidarité au profit d’une famille dont trois membres souffrent de handicap dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès. Nous en allons leur meubler l’appartement avec des équipements adaptés notamment des lis bas afin qu’ils puissent s’y installer facilement. Les donateurs pour cette action en particulier son Nass El-Khir Canada, qui ont découvert notre page et nous aident beaucoup depuis un an» dit-elle reconnaissante.

La pandémie du coronavirus a eu d’énormes répercussions sur cette souche vulnérable de la société. Précarité, difficultés de déplacement et de soins, beaucoup de SOS ont été signalés à travers la page «Les handicapés d’El Biar». «Ce n’est pas toujours évident de trouver des solutions. Au début du confinement un paraplégique avait besoin d’une pose de sonde, seulement l’hôpital près de chez lui ne pouvait pas le prendre en charge à cause des cas de covid-19. On est souvent confronté à des problèmes qui nous dépassent. Dans ce cas particulier, on a dû faire appel aux pompiers qui se sont chargés de lui ».

Fouzia organise également des lives sur sa page afin d’évoquer des problématiques inhérentes aux personnes handicapées et interpeller les autorités concernées. Elle fait également un travail psychologique en appelant les personnes souffrant de handicap à surmonter les barrières psychologiques. Aider les autres est devenue une motivation supplémentaire pour cette dame qui, malgré le parcours de combattant qu’elle doit accomplir au quotidien, entend bien être pleinement membre de la cité.

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