Cinéma: « Vitalina Varela » ou la longue nuit de l’homme

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Tout est sombre dans « Vitalina Varela », long métrage du portugais Pedro Costa, présenté aux 7ème Journées du film européen qui se déroulent jusqu’au 26 janvier à la cinémathèque d’Alger.


Il faut avoir le souffle long pour suivre les 124 minutes de « Vitalina Varela », un long métrage dense, peu rythmé et souvent silencieux. Après quarante ans d’attente, Vitalina Varela (Vitalina Varela), une cap-verdienne, la cinquantaine, obtient un billet d’avion pour Lisbonne.
Elle arrive trois jours après l’enterrement de son époux Joachim, un aide-maçon, mort dans le  dénuement et la disgrâce.  Elle découvre la maison où il était installé dans un quartier pauvre dans la banlieue de Lisbonne.


Une maison en brique et en tôle, sale, délabrée, avec un toit et des portes fragiles pouvant être arrachés à tout moment par le vent. Elle se rappelle qu’avec Joaquim, elle construisait une belle et solide maison au Cap-Vert, livré au soleil et à l’air marin, à côté d’une montagne. « Mais, tu as décidé de partir sans même dire au revoir », dit Vitalina à l’adresse de son époux.

Elle lui parle en son absence pour faire tous les reproches qu’elle aurait tant voulu faire en face, de vive voix. Vitalina est amère, en colère parce que Joaquim n’a pas fait les bons choix. A Lisbonne, il n’a pas trouvé le bonheur et a gaspillé son argent avec des prostituées alors qu’il aurait eu un destin autre au Cap-vert, pays africain océanique et lumineux. Pourquoi donc partir pour tomber dans la misère ? Pour rater sa vie ?

Vitalina Varela (Acteur)


« J’ai perdu ma foi dans ce noir « 

Vitalina rencontre les amis et voisins de Joaquim, des hommes perdus, pauvres, écrasés, ténébreux…Elle discute avec un prêtre qui a fermé l’église de quartier faute de fidèles. « Aujourd’hui, personne ne vient prier. Vous avez perdu votre mari, j’ai perdu ma foi dans ce noir « , regrette-t-il la main tremblante en s’adressant à Vitalina.


Dans ce quartier où les murs tombent en ruine et les ruelles étroites, jonchées de détritus, le bonheur n’existe plus. Les gens, qui ressemblent à des fantômes, ont perdu le sourire, le sens de l’existence. Tout est mélancolie comme si la terre ne tournait plus. Le pays qui les accueille ignore leur existence. Et le Portugal est invisible dans le film de Pedro Costa.


S’appuyant sur des plans fixes, des scènes lentes,  des dialogues rachitiques et des images conçues comme des peintures sinistres, Pedro Costa n’a pas fermé totalement la porte à l’espoir. Même s’il est amer par rapport à un monde perdant toutes ses valeurs, dominé par la quête matérielle, il croit encore à une lumière qui peut émerger de la longue nuit de l’homme.
Dans le film, le silence est rompu par des petits bruits de fond de vaisselles en cuisine, d’aboiement de chiens, de cris d’enfants, de discussions entre hommes…signe que la vie continue. Malgré tout.


Personnages mélancoliques

Pedro Costa s’est déjà illustré avec des films comme  « Horse money » (Ventura) et « Colossal youth ». « Vitalina Varela » paraît être une continuité de « Ventura », sorti en 2014. Dans ce long métrage existentiel, il suit le personnage de José Tavares Borges Ventura, un maçon perdu dans ses souvenirs.

Les personnages sont tout aussi silencieux et mélancoliques que dans « Vitalina Varela ». Pedro Costa, qui aime le cinéma de Jean Luc Godard et la peinture d’Andy Warhol, regrette que le cinéma contemporain soit « ennuyeux, vide et sans contenu ».
Il dénonce la difficulté de trouver de l’argent aujourd’hui pour produire des films. Une situation qui, selon lui, ligote la liberté de création artistique. « Vitalina Varela » a décroché le Golden Leopard au festival de Locarno en Suisse. Il a été choisi dans les sélections officielles des festivals de Toronto (Canada), Sundance et New York(Etats Unis).

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