Le cinéma européen dénonce avec férocité les précarités sociales

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Le cinéma européen dénonce avec férocité les précarités sociales
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Deux longs métrages projetés aux 6ème Journées du film européen en Algérie évoque les précarités.


Il y a d’abord, « Her job » (Son travail) du grec Nikos Labôt, présenté au public lundi 8 novembre 2021, à la cinémathèque d’Alger, qui creuse dans le quotidien d’une famille d’Athène, prise dans l’engrenage de la récession économique grecque. Une crise  qui a débuté en 2008 avec un fort endettement et un lourd déficit budgétaire de la Grèce.


Pour éviter l’effondrement de l’économie du pays, les européens ont « cassé » la tire-lire et accordé près de 257 milliards d’euros à Athènes. Le FMI est venu à la rescousse également en contrepartie de conditionnalités anti-sociales.


La crise signifie aussi pertes massives d’emplois, fermeture d’usine, arrêt d’activités commerciales, hausse des prix, pouvoir d’achat laminé…


Panayiota (Marisha Triantafyllidou), femme au foyer, et son mari Kostas (Dimitris Imellos), chômeur en quête d’emploi, écoutent les  nouvelles à la radio : « Athène est en flammes, les manifestants expriment leur colère contre les mesures d’austérité ».


Un salaire bas


Kostas, qui souffre chaque jour de sa situation de précarité,  joue au loto et recours au prêt sur gage. Panayiota, femme peu instruite, venue d’un village, passe le plus clair de sa journée à s’occuper de ses deux enfants et de son mari.


Un jour, elle décide de sortir de la demeure familiale pour travailler comme agent d’entretien dans un centre commercial. Elle accepte toutes les conditions y compris un salaire bas et des heures supplémentaires excessives. Ne sachant pas lire, elle signe les contrats sans connaître le contenu.


Panayiota découvre au fur et à mesure l’état de fragilité des autres femmes de ménage qui sont licenciées en un claquement de doigt par un patron impitoyable, déshumanisé.


Elle subit les colères répétitives de son époux qui n’accepte pas de devenir « la nouvelle nounou » de la maison.  
Une Grèce fatiguée par les crises.


Nikos Labôt raconte une histoire simple d’une Grèce fatiguée par les crises et qui ne semble pas trouver le bout du tunnel. Filmés parfois avec détail, les gestes des femmes de ménage montrent toute la difficulté d’un métier sous-payé, dévalorisé, méprisé.


Souvent dans les centres commerciaux, les lumières « aveuglantes » des vitrines rendent invisibles les silhouettes des femmes qui nettoient les sanitaires, les couloirs, les escaliers, les portes et les allées. Qui les remarque ?


Marisha Triantafyllidou a interprété avec beaucoup de réalisme et de justesse le rôle de la femme au foyer qui découvre lentement l’existence de « la liberté » en dehors de la cuisine, du salon et de la lessive. Kostas et son comportement symbolisent un certain machisme qui existe toujours sous des formes diverses dans les sociétés méditerranéennes. Un machisme improductif.


« Nos batailles », un homme face à plusieurs fronts


Autre long métrage abordant la précarité à partir d’une histoire familliale,  « Nos batailles » du franco-belge Guillaume Senez, projeté, dimanche 7 novembre au soir, à la cinémathèque d’Alger.


Il suffit d’un départ pour que l’ampleur de la fragilité apparaît sous des lumières crues. Olivier (Romain Duris) travaille dur dans une usine  tente de résister aux écarts et aux injustices des patrons à l’égard des salariés. En tant que chef d’équipe, il défend ses troupes.


Laura (Lucie Debay), son épouse, est employée dans une boutique de prêt-à-porter. Un jour, elle est choquée de voir qu’une cliente découvre qu’elle n’a plus d’argent dans son compte pour payer une robe. Laura disparaît sans laisser d’adresse en abandonnant ses deux enfants à Olivier, très peiné par ce départ inexpliqué et mystérieux.


Que faire ? Olivier, aidé par sa mère, s’occupe des enfants, les conduit à l’école, gère leur tristesse, leur silence et leur colère. Il doit également « gérer » la situation à l’usine où la sauvegarde des droits des travailleurs ne semble pas être « une priorité » des patrons.


Un drame social sans pathos


Il est soutenu par Clara ( Laure Calamy), une syndicaliste battante, qui perd, elle aussi, ses illusions. Elle montre que la lutte collective, en rangs serrés, pour les droits sociaux, n’est pas toujours possible.


La narration de « Nos batailles » est classique, presque conventionnelle, mais le film, quelque peu bavard, ne manque pas d’intérêt dans le sens où il raconte avec justesse un drame social sans verser dans le pathos lacrymal. Guillaume Senez a laissé le soin au spectateur de comprendre pourquoi Laura est partie. Il n’y a aucun jugement de cette décision.


La présence du personnage d’Olivier était devenue parfois envahissante comme si tout revenait à lui et à lui seul. Le cinéaste semble « obnubilé » par Romain Duris au point de tout lui céder y compris des dialogues parfois inutiles ou superflus, résultat d’une improvisation manifeste à l’écran. En cherchant le réalisme à tous prix, Guillaume Senez  a pris un grand risque.

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