« Chachnaq est chez lui à Tizi Ouzou »

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Statue de Chachnaq, érigée au centre-ville de Tizi Ouzou
Statue de Chachnaq, érigée au centre-ville de Tizi Ouzou

Érigée hier au centre-ville de Tizi Ouzou, la statue représentant Chachnaq sera inaugurée ce mardi 12 janvier 2020, à l’occasion du jour de l’an 2971 de Yennayer. 

En attendant, l’œuvre, initiée par l’Assemblée populaire wilayale (APW) suscite déjà la polémique. Outre la localisation de la statue, c’est la « berbérité » de Sheshonq Ier qui est remise en cause. Pourquoi le nom de ce pharaon est-il associé à Yennayer ? Pourquoi la date de son intronisation à ce titre marque-t-elle « l’an 0 » du calendrier amazigh ?

La statue Chachnaq a été réalisée à l’initiative de l’assemblée populaire wilayale de Tizi Ouzou (APW). Le projet remonte à 2018 et, une année plus tard, l’assemblée faisait savoir que Hareche Mohamed Abdelhadi, « docteur en histoire ancienne » et « spécialiste de l’Histoire de la Numidie » avait été chargé de « l’approche scientifique » de ce projet puis de valider l’image de Chashnaq à retenir pour la statue. Il avait déjà été président de jury ayant arrêté et validé le portrait du roi Massinissa, érigé en statue à la Place de Tafourah à Alger-centre.

M. Hareche s’est ainsi « rendu dans différents musées en Egypte et en France pour finir par présenter un portrait » du pharaon et des photos d’objets qui lui ont appartenu. Des objets reproduits dans la statue, érigée à Tizi Ouzou, notamment le collier « ousekh » et les sceptres.

Ce n’est, néanmoins, pas la forme de la statue, de plus de 4 mètres de hauteur, qui suscite la polémique, quand bien même celle-ci suscite des moqueries chez des internautes. C’est la localisation, tout comme le contexte de l’installation de la statue qui a provoqué un tollé, une polémique, voire même une levée de boucliers chez des Egyptiens.

“Instituer un chemin de recherches”

Le roi Chachenaq ou Sheshonq 1e est issu d’une tribu libyque, à se référer à la stèle de Pasenhor. Celle-ci retrace la généalogie de Sheshonq V, descendant du « pharaon berbère » puis du « Libyen Bouyouwawa », premier ancêtre. Plus précisément, Chachenoq, qui serait né à Heracleopolis Magna (Haute-Egypte, actuelle Beni Suef) où ses ancêtres se sont établis, serait issu des Mâchaouach, membres d’une confédération berbère ayant vécu dans la partie Est de la Libye antique. A son accession au trône pharaonique, il fonde la 23e dynastie. Il est aussi réputé pour avoir « envahi la Palestine et s’être emparé des trésors du Temple de Salomon à Jérusalem ». Mais ce n’est pas cette partie de l’histoire qui est notre sujet.

Quelle est la relation entre cet événement et Yennayer, ou « as n’ pharoun » (jour du pharaon) comme l’appelaient les chaouis ? Nous avons joint par téléphone le chef de cabinet de l’APW de Tizi Ouzou. « Les chercheurs s’expliqueront demain (aujourd’hui, NDLR) lors d’une conférence de presse, à l’issue de l’inauguration », nous fait-on savoir, sans donner plus de détails.

C’est Djamel Laceb, conseiller au Haut Commissariat de l’Amazighité, par ailleurs enseignant, chercheur et écrivain qui revient dans une déclaration à 24H Algérie sur le choix de l’Académie berbère de choisir cette date comme « l’an 0″ de l' »ère amazighe ».

« Je trouve que c’est très intelligent de la part de Ammar Negadi, militant chaoui et adhérent de l’Académie berbère. L’idée est très audacieuse et très courageuse. Elle veut, peut-être, instituer ou commencer, un chemin de recherches par rapport à nos relations, non seulement avec la 23e dynastie des pharaons mais avec toute la civilisation pharaonique », déclare-t-il.

Djamel Laceb cite l’historien Abderrahmane Khelifa pour affirmer que « le peuple égyptien est berbère. Beaucoup de gens oublient que l’Egypte est en Afrique du Nord. Quelque-part, des partis ou des gens ont pensé utile, pour leur idéologie, de tracer une frontière au double décimètre entre l’Egypte, la Libye ou l’Afrique du Nord. Le peuple égyptien est un peuple berbère. Chachneq n’est pas le premier pharaon berbère, comme le disait l’historien Abderahmane Khelifa, il n’est qu’un pharaon berbère parmi les pharaons qui sont tous berbères ».

Une affirmation qui est loin de faire l’unanimité. Depuis l’installation de la statue à l’effigie de Sheshonq 1er, chacun y va par son désaccord. Certains remettent déjà en cause la « berbérité » du pharaon. « Il est né en Egypte. Il a été pharaon pendant 20 ans. Ses ancêtres sont de la  Libye antique mais lui n’a peut-être jamais entendu parler des Berbères », lit-on, chez certains internautes, qui s’interrogent, dès lors, sur la relation de l’Algérie et l’installation de la statue à Tizi Ouzou.

Sur Twitter, les Egyptiens ont également réagi. Le hashtag « #Sheshonq_est_égyptien » s’est propulsé en tête des tendances en Algérie et en Egypte. 

« Derrière cette idée de relier l’ère amazighe à l’accession de Chachnaq au trône pharaonique, se cache cet espoir de voir un jour renaître cette vérité historique, qui est la participation des berbères à la civilisation humaine », poursuit Djamel Laceb. 

« Se poser des questions … »

Ce consultant auprès du HCA relève plusieurs points qui « nous poussent à nous interroger. Il ne peut y avoir autant de coïncidences (…) Chachenaq est étroitement lié à la Berbérie. Il est le dernier conquérant du Temple de Salomon et a libéré des prisonniers qui, seraient, kabyles. Malheureusement, il n’ y a pas d’études là-dessus. La Haute Kabylie s’appelle à ce jour les Prisonniers de Salomon. Beaucoup qui ont travaillé sur la société kabyle, comme Henri Genevois à Benni Yenni, ont trouvé une mention de cette appellation. Il y a une montagne dans le Djurdjura que nous appelons Thaletat (La main du juif), qui signifie Pyramide ».

Et de poursuivre : « La terre égyptienne parle berbère. Siwa, Assouan, Misra (Egypte, Miss n’Ra qui signifie « fils du Dieu Râ »), c’est des mots berbères. Tous les pharaons sont berbères. Lisez dans le testament de M. Khelifa qui parle de la signification d’Akhenathon, d’Amon. Pour bien comprendre la civilisation égyptienne, il aurait peut-être fallu parler berbère. Prenez l’exemple de Nefertiti. On la retrouve dans un fameux buste, dans lequel il lui manque un œil. En kabyle, la phrase « nefer’titi » signifie « lui cacher un œil ». N’y a-t-il pas de quoi se poser des questions ? ».

« Il faut lire les travaux de Henri Genevois, Leo Frobenius, Eugène Lefébure mais surtout être l’enfant de tamazight. Quand on ne parle pas la langue tamazight, on ne la maîtrise pas, on la voit de haut, on ne pourra pas trouver toutes ces jonctions. Les amazighs sont ouverts sur tout le monde mais personne n’est ouvert sur la tamazight ». Djamel Laceb poursuit qu’il « suffit de remplacer quelques lettres pour lire l’ancien égyptien et comprendre les phrases. Quand on dit Hatchepsout, c’est le printemps, « tafsut ». Toute cette langue est étroitement reliée à Tamazight. Je ne dis pas que c’est du tamazight ».

A propos de la polémique autour de la statue, M. Laceb affirme que « Chachenaq est chez lui à Tizi Ouzou. Normalement, on devrait ériger une statue de pharaon tout court et pas uniquement une statue de Chachenaq ».

Mais ce roi d’Egypte n’est pas le symbole de Yennayer. Cette fête est antérieure à Chachenaq lui-même. L’an « 0 » de l’ère amazighe est l’intronisation de Chachenaq, qui commence avec Yennayer mais cela ne veut pas dire que Yennayer commence avec Chachenaq. C’est une fête célébrée depuis la nuit des temps. Negadi a fait que ce pharaon soit à l’origine de l’ère, du calendrier berbère ». 

Dans un texte publié en 2002, Ammar Negadi, explique que la date de l’intronisation de Sheshonq 1er « est mentionnée dans la Bible et constitue par là-même, la première date de l’histoire berbère sur un support écrit ».

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  1. […] Djamel Laceb, conseiller au Haut Commissariat de l’Amazighité, par ailleurs enseignant, chercheur et écrivain, expliquait à 24H Algérie que le choix de cette date comme l’an 0 du calendrier amazigh « a peut-être, pour objectif, d’instituer ou commencer un chemin de recherches par rapport à nos relations, non seulement avec la 23e dynastie des pharaons mais avec toute la civilisation pharaonique« . […]

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