Tractations autour du retour du canon Baba Merzoug en Algérie

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Tractations autour du retour du canon Baba Merzoug en Algérie
Tractations autour du retour du canon Baba Merzoug en Algérie
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Le retour du canon Baba Merzoug en Algérie serait possible. Des tractations sont menées actuellement pour permettre à l’Algérie de récupérer cette pièce précieuse les prochaines semaines, selon des sources proches du comité national pour la restitution de Baba Merzoug.

Le comité, composé notamment de l’avocate Fatma Zohra Benbraham et du médecin Smaïl Boulbina, souhaite que Paris fasse un autre geste à l’égard de l’Algérie, après celui de juillet 2020 avec la restitution des restes mortuaires des résistants algériens.

Interviewé la semaine écoulée par la chaîne France 24, le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a déclaré que la question de la mémoire est très importante pour les algériens . « Il y a la question des archives, des explosions nucléaires dans le sud algérien. Il a eu quelque chose de positif, c’est le rapatriement des crânes de nos martyrs. J’espère que ça va encore ouvrir la voie à d’autres gestes et d’autres mesures de ce genre », a déclaré le chef de la diplomatie algérienne.

Un groupe d’intellectuels algériens s’est organisé ces derniers jours à Paris pour réclamer à la France la restitution du canon à l’Algérie. Ils envisagent d’organiser un rassemblement symbolique à Brest (Nord-ouest de la France) le 1er novembre 2020 pour revendiquer publiquement cette restitution. L’historien français, Benjamin Stora a déclaré, à Canal Algérie, que ce genre de geste pour « faire avancer des compromis mémoriels ».

Appelé La Consulaire par les français, le canon Baba Merzoug est, depuis le 27 juillet 1833, érigé en colonne dans le port militaire de Brest, sur décision de Louis-Philippe 1er, dernier roi de France. Le Canon a été pris à Alger au premier jour de l’occupation d’Alger par les soldats français en 1830.

Quitter Brest pour Alger ?

« Transportée en France en 1830 à bord de la Marie-Louise, sur ordre de l’amiral Duperré, la pièce d’artillerie va rester à Toulon puis sera rapatriée à Brest en juillet 1833. On y soude un coq sur sa bouche. Provocation supplémentaire pour les Algériens qui regrettent également que les Français l’aient rebaptisé au féminin. « Pour humilier le viril combattant que j’étais », écrit l’un de ses défenseurs algériens, l’ancien journaliste Smaïl Boulbina, dans un courrier décalé où « il fait parler le canon à la première personne », écrit début septembre 2020, le quotidien « Le Télégramme ». Le journal, qui paraît en Bretagne, a annoncé avoir contacté le service de communication de la Marine, lequel n’a pas été en mesure de confirmer le rapatriement du canon.

« Le canon Baba Merzoug toujours demandé en Algérie », écrit le Télégramme. Le Point s’interroge, de son côté, dans un autre article, publié début septembre 2020 : « Le canon Baba Merzoug va-t-il quitter Brest pour Alger ? ».

L’hebdomadaire révèle qu’en décembre 2012, l’Elysée avait « sérieusement » étudié le sujet afin « d’offrir un cadeau symbolique de la réconciliation  franco-algérienne », à l’occasion d’un visite d’Etat du président François Hollande en Algérie. « En 2018, un rapport sur « la restitution du patrimoine culturel africain », commandé par le nouveau président Emmanuel Macron à l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et à l’universitaire et écrivain sénégalais Felwine Sarr, préconisait des restitutions progressives, nécessitant des procédures complexes. Il n’évoquait certes pas le cas de l’Algérie, qui réclame donc le retour de son canon emblématique, parmi un ensemble de 158 objets, mais le cadre était dressé. Ce n’était que partie remise », souligne Le Point qui rappelle que le chef d’Etat français avait demandé, le 24 juillet 2020, à Benjamin Stora un rapport sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie », à remettre avant la fin 2020.

Un combat de plus de dix ans

« Grande affaire du quinquennat, le retour de la France vers la Méditerranée, de la Libye aux eaux gréco-turques, du Liban au Maghreb, exige des gestes symboliques forts. La restitution du Baba Merzoug n’en serait-il pas un ? », s’interroge encore Le Point qui souligne que le canon était « une pièce maîtresse de la défense du port d’Alger dès le XVI ème siècle ».

Le canon, qui pèse 12 tonnes, pouvait tirer des boulets de 80 mètres. Contacté par 24H Algérie, Smaïl Boulbina rappelle que le comité, dont il est membre, a interpellé publiquement le président Emmanuel Macron, lors de sa visite à Alger en décembre 2017, pour restituer aux algériens le canon Baba Merzoug.

« Cela fait plus de dix ans que nous formulons la même demande aux autorités françaises. Nous considérons que Baba Merzoug est captif à Brest, nous voulons qu’il soit libéré rapidement pour qu’il rentre au pays », déclare-t-il rendant un hommage à l’historien Belkacem Babaci qui s’est battu pour que la pièce d’artillerie soit restituée aux algériens. Belkacem Babaci, décédé en septembre 2019, était également membre du comité.

Symboliquement, Smaïl Boulbina a publié « la lettre de Baba Merzoug à ses enfants » pour rappeler son histoire. « Je suis né en 1542 à Dar Nhass, la fabrique d’armes, installée près de la porte de Bab El Oued, de mon père Sebastiano Cornova, originaire de Venise et de ma mère El Djazaïr, mariés par Kheireddine Barberousse, Sultan d’Alger, grand héros de la Marine Algérienne, qui a chassé les espagnols en 1529, détruit leur forteresse, construit le port d’Alger et fondateur de l’Etat Algérien dans ses frontières Est et Ouest actuelles. Grâce au génie de mon père, je suis le plus grand canon, car je mesure 6,25 mètres de long et je tirais les obus sur 4.872 mètres. En 1560, âgé de 18 ans, j’ai épousé la belle Madinat El Dzaïr (appelée improprement Casbah par les français du nom du Ksar-palais du Dey) et me suis installé sur le môle Kheireddine Barberousse, pour être à l’avant-garde de la défense de ma belle bien aimée convoitée par les Sultans de l’Europe. Avec mes frères canons plus petits mais tout aussi redoutables, nous défendions si bien Madina Dzaïr qu’elle a pris le nom d’El Mahroussa, la bien gardée. Tellement bien protégée que les habitants m’ont honoré en me donnant par affection le nom de Baba Merzoug qui veut dire à la fois : « Le béni, bienfaiteur et porte bonheur » car je tirais juste et loin, empêchant tout bateau ennemi d’approcher de ma belle bien aimée Madinat El Dzaïr », est-il écrit dans cette missive.

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