Bouteflika enterré, sans hommage populaire et sans deuil national

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Bouteflika enterré, sans hommage populaire et sans deuil national
Facebook/présidence de la République

Service minimum pour la cérémonie d’inhumation de l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika ce dimanche 19 septembre 2021 au cimetière d’El Alia, à l’est d’Alger.
L’inhumation de l’ex-chef d’Etat au carré des Martyrs au cimetière d’El Alia n’a pas été annoncée officiellement, mais par l’ENTV, ex-RTA, dans son journal du soir. Le choix du lieu d’enterrement aurait été discuté avec la famille du défunt, son frère Nacer et sa sœur Zhor, durant la journée de samedi 18 septembre.
La famille souhaitait qu’Abdelaziz Bouteflika soit enterré à côté de sa mère Mansouriah Ghezlaoui, décédée en juillet 2009, et de ses deux frères Mustapha et Abdelghani au cimetière Zedek de Ben Aknoun, à Alger.


Présence de Nacer Bouteflika, le dernier frère de l’ex-président

Le président Abdelmadjid Tebboune était présent lors de la cérémonie d’enterrement aux côtés des présidents de l’Assemblée populaire nationale (APN) et du Conseil de la nation, respectivement Brahim Boughali et Salah Goudjil, du président du Conseil constitutionnel Kamel Fenniche, du Premier ministre, Aimene Benabderrahmane, du chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée, Saïd Chanegriha,  des membres du gouvernement et des représentants du corps diplomatique accrédité en Algérie. Nacer Bouteflika, frère cadet du défunt président, et deux de ses neveux, étaient présents, debout à gauche du président Tebboune.
Said Bouteflika, en prison à El Harrach, après sa condamnation pour plusieurs affaires de corruption, a été autorisé par le juge de l’application des peines à jeter un dernier regard à son frère à la résidence d’Etat de Zéralda, à l’ouest d’Alger, où résidait l’ancien locataire d’El Mouradia depuis sa démission forcée le 2 avril 2019, après des manifestations populaires hostiles à un projet de cinquième mandat présidentiel.


Un blindé décoré de roses

Couverte du drapeau national, la dépouille mortelle d’Abdelaziz Bouteflika, décédé à 84 ans, vendredi 17 septembre à 22 h,  a été transportée par un blindé de l’ANP, décoré de roses et devancé d’un véhicule militaire lourd avec à bord des militaire en posture d’honneur et escorté par une trentaine de motards et de véhicules de la gendarmerie nationale et de voitures officielles noires.
Arrivé au niveau du cimetière d’El Alia, le cortège a été accueilli par des youyous d’une dizaine de femmes présentes. Les citoyens venus rendre un dernier hommage à Bouteflika n’ont pas été autorisés à pénétrer dans le cimetière avant la fin de la cérémonie officielle d’inhumation.


La dépouille de l’ex-chef d’Etat a été porté sur les épaules de huit militaires habillés en tenue de cérémonie avant d’être déposée au milieu d’une cour où Laïd Rebiga, ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, a prononcé une oraison funèbre avant que la dépouille d’Abdelaziz Bouteflika ne soit inhumée par des agents de la protection civile.
Dans le même endroit, Abdelaziz Bouteflika avait prononcé l’oraison funèbre après la mort du président Houari Boumediène en 1979.


Bouteflika, « le commandant de l’ALN »

Laïd Rebiga est revenu sur le passé militant d’Abdelaziz Bouteflika, parlant du « moudjahid », du « commandant de l’ALN (Armée de libération nationale) » et de Abdelkader El Mali (nom de guerre de l’ex-chef d’Etat). « Abdelkader El Mali part pour rejoindre ses compagnons qui avaient rejoints très jeunes la Révolution. Ils étaient à l’avant garde », a-t-il dit.
Il a évoqué également la politique de « concorde civile », engagée après l’élection de Bouteflika, septième président de l’Algérie en 1999, et celle de la paix et de la réconciliation nationale, concrétisée par la Charte, adoptée par référendum en 2005.
Un détachement de la Garde républicaine a exécuté la marche et la musique funèbres, la sonnerie aux morts avant de tirer des salves en hommage au président disparu. Le président Tebboune a déposé une gerbe de fleurs sur la tombe d’Abdelaziz Bouteflika avant de lire « La fatiha », première sourate du Coran.
La délégation officielle a quitté ensuite le carré des Martyrs laissant place à des dizaines de citoyens, dont des militants du FLN, venus rendre un dernier hommage à Abdelaziz Bouteflika à leur manière.
Le président Tebboune a, pour rappel, décidé de la mise en berne de l’emblème national à travers le territoire national, pendant trois jours, à partir de samedi 18 septembre. Mais, aucun deuil national n’a été décrété dans le pays, comme ce fut le cas dans le passé après la mort de Houari Boumediène en 1979 (40 jours), Chadli Bendjedid et Ahmed Ben Bella  en 2012 (huit jours).


Aucune émission spéciale à l’ENTV

Les canaux de l’ENTV (ex-RTA) n’ont pas retransmis en direct la cérémonie d’inhumation de Bouteflika. Celle-ci n’a été traitée que dans les journaux du soir. Aucune émission spéciale ou débat n’a été organisée après l’annonce de sa mort vendredi soir. Cela concerne également l’ENRS, la radio nationale.


L’image d’Abdelaziz Bouteflika a été « effacée » de l’ENTV depuis sa démission en 2019. Une pratique qui remonte aux années 1960 avec « la mise à l’écart » de Benyoucef Ben Khedda, de Ferhat Abbas, d’Hussein Ait Ahmed, d’Ahmed Ben Bella, de Krim Belkacem, de Mohamed Boudiaf, de Tahar Zbiri, et d’autres.
Abdelaziz Bouteflika, qui a dirigé le pays pendant vingt ans, a eu droit à des obsèques officielles, mais pas nationales. Et aucun hommage populaire ne lui a été rendu. Sa dépouille mortelle devait être exposée au Palais du Peuple pour un dernier regard. La cérémonie a été annulée.


Message de condoléances dont celui du Roi du Maroc

A noter enfin que les dirigeants de plusieurs pays ont envoyé des messages de condoléances après le décès de Bouteflika au président Abdelmadjid Tebboune. Il s’agit de la Tunisie, du Maroc, des Emirats arabes unis, de l’Arabie Saoudite, de la Palestine, du Bahreïn, de Cuba, du Venezuela, de la Chine et de la France.
Le président français Emmanuel Macron a qualifié l’ex-président algérien de « figure majeure » de l’Algérie contemporaine et de « partenaire exigeant pour la France ». « En cette douloureuse circonstance, Sa Majesté le roi exprime au président algérien et, à travers lui, à la famille du défunt et au peuple algérien frère, ses vives condoléances et sa sincère compassion », écrit le Roi du Maroc, Mohammed VI dans un message adressé au président Abdelmadjid Tebboune et diffusé par l’agence MAP. Mohammed VI se remémore « les attaches particulières » qui liaient le défunt au Maroc, « que ce soit lors des périodes de l’enfance et des études dans la ville d’Oujda ou encore au temps du militantisme pour l’indépendance de l’Algérie sœur ». « L’Histoire retient que feu Bouteflika a marqué une importante phase de l’histoire moderne de l’Algérie », a-t-il écrit. Merouane Mokdad

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