À l’EPAU, « l’atelier parasite » expérimente les possibilités de reconquête de l’espace urbain

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À l'EPAU, "l'atelier parasite" expérimente les possibilités de reconquête de l'espace urbain

L’enseignant d’architecture Mehdi Bennai, et ses étudiants de 5e année, ont créé l’atelier parasite. Cette initiative consiste à mettre en place des stratégies innovantes pour redynamiser le quartier Belcourt/Hamma à travers des projets sensibles et proches de la réalité urbaine des lieux.

Une journée portes ouvertes a été organisée jeudi 10 juin à l’École polytechnique d’architecture et d’Urbanisme (EPAU) à El-Harrach, dans le cadre du programme de la biennale Algéro-française de design. A travers des conférences et expositions des projets des étudiants, la question du design et l’urbanité a été abordée sous plusieurs angles.

Intervenant lors de cette rencontre, l’enseignant Mehdi Bennai a évoqué les nouvelles approches de redynamisation de l’espace urbain. L’expérience menée avec ses étudiants est, selon lui, une alternative à celles menée par les pouvoir publics qui consiste à « entreprendre des actions de démolition qui rompent avec la culture, l’identité et le vécu de certains quartiers ».

« J’ai souvent bâti les thématiques de l’enseignement sur l’expérimentation pédagogique des approches contemporaines dans des situations Algéroises. Cette année j’ai initié avec mes étudiants l’atelier parasite. Nous avons choisi le quartier Belcourt/Hamma. Nous avons défini 22 parcours et nous les avons confiés à autant d’étudiants. Ces derniers ont mené des investigations sensibles au plus près des habitants. Les projets de redynamisation ont valorisé le vécu urbain et sensibilisé aux valeurs matérielles et immatérielles du quartier « , indique Mehdi Bennai.

Pour relever ce challenge, les étudiants, dont les projets de l’atelier parasite seront soutenus en juillet, ont présenté des scénarios de redynamisation, qui réorientent l’action publique et la pensée urbaine globale vers des situations qui ne dénaturent pas l’identité sociale et le bâtis des lieux.

L’étudiant Said Mizi a travaillé sur la thématique des « récits urbain ». Il a intervenu sur une partie ancienne du quartier où étaient installés autrefois de nombreux antiquaires. Il a ensuite identifié des faits nouveaux dans le quartier notamment l’installation du commerce informel, prenant en compte son lot de désagréments et d’attractivités.

« Il a bâti les récits du futur sur une combinaison de ces deux récits. Il ressuscite les récits du passé en tentant de réinstaller la vocation d’antiquaire et il régule le récit du présent en laissant le commerce informel s’épanouir en réduisant son impact négatif. Comme un antiquaire, il répare le lieu sans que l’action ne soit trop visible. Il dégage une grande place destinée au commerce informel et installe une association dont le but est de promouvoir les métiers artisanaux pour réinstaller cette vocation dans les lieux », détaille son promoteur.

Salaoui Hiba a travaillé, pour sa part, sur la thématique de l’urbanité. Son terrain d’intervention, une rue qui n’a pas beaucoup d’identité à cause d’une grande friche qui occupe tout un front de la rue. Elle fonde son projet sur une vocation très ancienne sur ce territoire qui est la vente de produits mercerie et de tissus. « Elle crée une place de marché de tissus et créé toutes les conditions pour que cette vocation puisse s’épanouir, notamment en installant des ateliers-boutiques d’artisans », explique Mehdi Bannai.

Les actions de l’atelier parasite, une alternative aux actions publique de démolition

Mehdi Bennai informe que 18 autres projets d’étudiants de l’atelier parasite relèvent le défi brillamment. Il revient sur ces actions de requalification destinée à redynamiser la situation urbaine pour expliquer qu’elles s’appuient sur deux nouveaux modes d’aménagement vecteurs d’innovation.

« Dans l’atelier parasite, nous avons choisi une approche d’un urbanisme transitoire qui consiste à aménager des espaces délaissés en attentes d’un futur projet. Nous avons croisé cette approche avec le parasitisme, qui est une pratique architecturale qui consiste à intervenir sur des bâtiments déjà existants. Ces interventions ne se développent pas dans une logique de réhabilitation mais de dialogue intensif. Une architecture engagée qui porte des messages qui dénoncent des approches brutales de démolition », précise l’enseignant.

Mehdi Bennai explique que les approches de redynamisation de l’espace urbain en Algérie se limitent à des actions d’embellissement superficiel pour masquer les dysfonctionnements. Celles-ci ont, selon lui, très peu d’impact sur la redynamisation des situations urbaines et participent au gaspillage de l’argent public.

« Depuis les années 80, toutes les actions sur le tissu urbain sont des approches de restructuration et de rénovation urbaine qui portent sur une logique de démolitions assez aveugles. des territoires malades subissent des visions opulentes. Ces approches anéantissent les valeurs de la ville sans réellement renouveler efficacement les usages et le cadre bâti », déplore l’enseignant.

Pour illustrer ses dires, il donne l’exemple des abattoirs d’Alger . »La démolition du quartier a commencé en 2005. Avant et même si les bâtiments étaient dégradés, il y avait un véritable vécu et une urbanité caractéristique. Alors qu’aujourd’hui, après restructuration, on obtient un grand vide monofonctionnel, désert et sans vie », déplore-t-il.

Pour cet architecte, l’objectif de l’atelier parasite, est d’apprendre aux étudiants de dialoguer avec les lieux existants en les sensibilisant au patrimoine urbain. Leur mission est de révéler les enjeux locaux de mutabilité en prise directe avec la vie des quartiers. « Le quartier de Belcourt connaît une dégradation urbaine et sociale mais conserve un vécu d’urbanité. Il dispose de ressources précieuses et difficile à reconstituer. C’est pourquoi mes étudiants ont abordé ces territoires d’une manière plus humaine en identifiant les valeurs, les anomalies et les enjeux réels et locaux de reconquête », conclut-il.

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