Une année après le 12/12: la « nouvelle Algérie » ressemble tant à l’ancienne (Partie I)

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Une année après le 12/12: la "nouvelle Algérie" ressemble tant à l'ancienne (Partie I)

Une année après son élection, à l’issue d’un scrutin rejeté par un mouvement populaire, le président Abdelmadjid Tebboune est loin de ses promesses sur les libertés, sur le respect des droits humains et la liberté de la presse. A-t-il “tendu la main” au mouvement populaire comme il s’était engagé à le faire ?

Durant ses multiples entrevues avec la presse étrangère et locale, il s’est aussi engagé à mener des “consultations” politiques pour aboutir “un consensus national” autour de la nouvelle Constitution. Ce projet de révision était censé revoir à la baisse les pouvoirs, exorbitants, du président et permettre une “moralisation” de la vie politique. 

Qu’en est-il, un an après ?

Après avoir reçu quelques personnalités et partis politiques qui ont accepté de participer à cette consultation, c’est, de manière classique, que le comité d’experts de 17 membres menés par le professeur universitaire Ahmed Laraba a finalement été nommé par M. Tebboune, sans dialogue ni débat politique. Plus tard, un de ses membres, Fatsah Ouguergouz, émettait des réserves avant de démissionner en soulignant que les travaux du Comité n’ont pas conduit à une « révision profonde de la Constitution ».

Dans une interview accordée à France 24, Abdelmadjid Tebboune a aussi affirmé que « l’Algérie se dirigeait vers un régime semi-présidentiel qui donne de larges pouvoirs au Parlement ». Le projet, dévoilé, a suscité une vague de critiques. Aderrezak Makri, invité du président le 05 février 2020, a , par exemple, dénoncé “un recyclage du système qui recourt aux mêmes pratiques d’avant”.

« La nouvelle Constitution institue un pouvoir personnel dans lequel le président de la République est comme un empereur qui s’immisce dans les prérogatives des pouvoirs législatif et judiciaire, en plus des leviers de contrôle qu’il détient à travers les nominations », a estimé Me Mostefa Bouchachi. « Le projet ne fixe pas un régime clair, ni parlementaire, ni présidentiel, ni semi-présidentiel ». 

La constitutionnaliste Fatiha Benabbou est du même avis. Dans une déclaration à El Watan, elle a évoqué l’article 103 qui prévoit: « Le gouvernement est dirigé par un Premier ministre lorsqu’il résulte des élections législatives une majorité présidentielle. Et il est dirigé par un chef du gouvernement lorsqu’il résulte des élections législatives une majorité parlementaire. »  

Pour eux, le projet ne remettait pas en cause le caractère hyper-présidentiel de la constitution.

Comme en 2019, la répression a continué en 2020

En théorie, la Constitution devait ouvrir la voie à plus de libertés individuelles et collectives, et au respect des droits humains ou de la liberté de la presse. En pratique, c’est la logique de la répression entamée au cours de l’année 2019 qui va continuer à prévaloir en 2020, avec de nombreux militants arrêtés et emprisonnés.

Des partis politiques de l’opposition ont été empêchés de tenir des conférences ou des assemblées générales. A contrario, des partis du pouvoir ont pu tenir des réunions et des rassemblements en dépit des risques sanitaires.

En matière de liberté de la presse, la première année de Tebboune à la tête de la Présidence a été marquée par la mise sous contrôle judiciaire ou encore l’emprisonnement de journalistes, la censure de plusieurs médias électroniques et la soumission de l’activité en ligne à une autorisation du ministère de la Communication.

Le référendum sur la constitution, tenu malgré les risques sanitaires, n’a pas atteint son objectif de doter le chef de l’Etat d’une légitimation politique plus forte que celle de la présidentielle. Le taux de participation a été le plus bas de l’Histoire de l’Algérie indépendante (23,14%), avec plus de 5.6 millions de votants sur un corps électoral de plus de 24.46 millions. 

Les Algériens, peu convaincus de la réalité des changements prévus, n’ont probablement pas été encouragés à aller aux urnes par la « mobilisation » des partis du « cinquième mandat » pour soutenir le projet.

La promesse de dissoudre l’Assemblée populaire nationale (APN) et d’organiser des législatives avant fin 2020 ne sera pas tenue. La maladie de Tebboune et son évacuation en Allemagne rendent son « agenda » électoral intenable. Cette maladie fait que la nouvelle Constitution n’est toujours pas promulguée.

Pour certains observateurs, la « main » n’a pas été vraiment tendue et la « nouvelle Algérie » n’a fait que reproduire les schémas de l’ancienne.

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