ANEP: Près de 5000 milliards de centimes de créances perdues

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ANEP : Près de 5000 milliards de centimes de créances perdues
ANEP : un limogeage surprise
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L’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP) a perdu près de 5000 milliards de centimes en créances, qui remontent à la fin des années 1990 et qui ne sont plus recouvrables. Larbi Ouenoughi, PDG de l’ANEP, a révélé, dans un entretien accordé ce jeudi 6 juillet 2020 à El Khabar et El Watan, que le service de recouvrement de l’agence « n’a pas fait son travai »l.

« Autant dire qu’il n’a pas du tout fonctionné. Les bons de commandes ont disparu. Les premiers éléments de l’enquête démontrent que ces documents ont été sciemment détruits », a-t-il déclaré n’écartant pas la thèse de malversation. Il a annoncé qu’un audit interne est engagé sur la gestion antérieure de l’ANEP et qu’une enquête est menée actuellement par la gendarmerie nationale et l’IGF, Inspection générale des finances.

« L’ANEP était tout sauf une entreprise même si elle compte des compétences dont beaucoup ont été marginalisées . Elle ressemble plus à une association caritative qu’à une entreprise soumise aux règles du marché. Des groupes d’influence au pouvoir ont fait main basse sur l’ANEP par le passé. Il y a eu violation de la loi et des recrutements  n’obéissant à aucun critère professionnel », a-t-il soutenu en parlant de « gestion politique ».

Il a annoncé que l’ANEP a eu à gérer un portefeuille de plus de 15.000 milliards de centimes ces 20 dernières années. « Malgré cela, l’ANEP est un géant aux pieds d’argile. Ses caisses sont vides, l’argent est à l’extérieur. La plupart des anciens responsables de l’ANEP n’ont travaillé que pour leur compte et ceux qui les ont placés », a-t-il ajouté.

Enquête sur le financement de « campagnes publicitaires » à l’étranger

Les créances actuelles de l’ANEP sont de l’ordre de 4300 milliards de centimes. Des groupes de recouvrement ont été constitués dans quatre régions du pays. Larbi Ouenoughi a révélé qu’une enquête a été ouverte sur le transfert de devise à l’étranger pour le financement de « campagnes publicitaires » en faveur de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Le montant des fonds transférés n’est toujours pas défini, « mais il s’agit de grosses sommes d’argent », a-t-il dit.

Le PDG de l’ANEP a cité les journaux et hebdomadaires français Le Monde , Jeune Afrique , Afrique Asie, une publication appartenant au journaliste Hicham Aboud, actuellement établi en France, et des périodiques anglophones. En juillet 2012, le journal Le Monde a édité un publireportage louant « les réalisations » de Bouteflika en Algérie. Des investigations sont également menées sur la gestion de Djamel Kouane qui, selon Larbi Ouenoughi, a cumulé la fonction de ministre de la Communication (entre 2017 et 2019) et PDG de l’ANEP alors qu’il était toujours lié au journal Le Temps d’Algérie dont il était directeur (son nom est porté sur le registre de commerce).

Cette publication appartient au groupe d’Ali Haddad, actuellement en prison. Larbi Ouenoughi a révélé qu’à l’époque de Djamel Kaouane, une villa a été louée par l’ANEP à El Biar, à Alger, 30 millions de centimes par mois, sans qu’elle soit exploitée par l’entreprise. La location a duré deux ans.

235 milliards de centimes de publicité pour Ennahar

Selon le PDG de l’ANEP, 4000 milliards de centimes de publicité ont été distribués ces quatre dernières années par la régie publique. Le quotidien Ennahar est le journal qui a le plus profité de la manne publicitaire. Entre 2012 et 2019, cette publication a bénéficié de 235 milliards de centime de publicité, contre 179 milliards de centimes pour Echourouk durant la même période.

Minbar Al Qora’a  et La Tribune des lecteurs, deux publications du député du FLN Abdelhamid Si Afif à faible diffusion, ont obtenu 109 milliards de centimes entre 2012 et 2019. Les autres bénéficiaires de la manne publicitaire publique entre 2012 et 2015 ou entre 2016 et 2019 sont : Le Jour (101 milliards de centimes), Reporters (54 milliards de centimes), Les Débats (43 milliards de centimes), La Nouvelle République (43 milliards de centimes), La Tribune (43 milliards de centimes), La Dépêche de Kabylie (23 milliards de centimes), El Bilad (40 milliards de centimes), El Khabar (35 milliards de centimes) et El Hayat (12 milliards de centimes).

Le journal El Balagh, propriété de l’ancien joueur de football Rabah Madjer, a bénéficié de 30 milliards de centimes. « Ce journal a continué à bénéficier de la publicité malgré qu’il n’apparaissait plus. Nous avons trouvé que des hebdomadaires paraissent trois fois par semaine rien que pour avoir de la publicité. Et, il ya des journaux qui paraissaient que le jour où ils recevaient de la pub. D’autres titres tiraient uniquement 2000 exemplaires par jour parce qu’il s’agit du seuil minimum pour accéder à la pub », a détaillé le PDG de l’ANEP.

« Malgré ces sommes, les directeurs de journaux se plaignent de la réduction de la publicité publique pour priver leurs salariés et leurs journalistes de leurs droits. Ce que ces journaux ont gagné suffit pour couvrir les salaires des employés pendant longtemps », a souligné Larbi Ouenoughi.

Le PDG de l’ANEP a découvert que 40 journaux sortaient sous des prête-noms. Ils sont la propriété de députés, de sénateurs, de sportifs et de fils de hauts responsables. Des critères sont, selon lui, à l’étude pour la publicité dans la presse électronique. Cela va de pair avec l’élaboration d’un projet de loi sur la presse électronique qui sera prêt en septembre 2020.

D’après Larbi Ouenoughi, le paramètre d’évaluation de l’audience d’un média électronique est plus facile que pour un journal. Une audience qui s’apprécie avec le nombre de clics alors que les journaux ne communiquent pas souvent les chiffres des invendus.

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