Une lecture, une anatomie de l’amour chez Mohammed Dib et El Meya

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Une lecture, une anatomie de l’amour chez Mohammed Dib et El Meya
La fiancée du loup El Meya

La fiancée du loup toile d’El Meya s’inspire du Sommeil d’Ève de Mohammed Dib qui raconte l’histoire de la rencontre d’une femme avec son destin. Une femme possédée par la folie, une scandinave du nom de Faïna. passionnément amoureuse d’un autre homme que son mari, un maghrébin. 

C’est en 1975 que Mohammed Dib  fait des séjours en Finlande qui lui inspireront une trilogie nordique  publiée à partir de 1989 chez Sinbad : les Terrasses d’Orsol, Neiges de marbre, Le Sommeil d’Ève, suite complétée en 1994 par l’Infante maure.

Pour le sommeil d’Eve, Mohammed Dib est inspiré par un conte «la fiancée du loup» d’Aino Kallas auteure finlandaise  (1878-1956) où par amour du loup (dhib), Solh dans le roman (notons le sens littéral de ces mots en arabe ), Faïna devient louve. Mais la conjonction totale entre amants est impossible.

On pense aussi à Cocteau avec la Belle et la bête . Deux êtres séparés par la distance et l’incompréhension, saisis par un amour fou, un amour loup dévorant qui devient cri de souffrance .

Le sommeil dEve est un roman à deux voix, Faïna femme du nord, universitaire, mariée, aime ou croit aimer Solh un homme du Sud chercheur en mathématiques vivant en France. Deux voix, deux paroles à la première personne, deux itinéraires et deux destinées qui se croisent, se séparent, se retrouvent et se perdent . 

Les sentiments difficiles à définir se mêlent comme leurs récits. Seule émerge une quête de l’absolu mais aussi une tragédie qui les possède et les détruit . 

A la question sur l’authenticité de cet amour, Mohammed Dib  répond « les aveugles reconnaissent les objets avec les antennes de leurs doigts. Nous sommes comme eux, mais nous c’est avec celles de nos paroles «  (p 52) « . 

Alors monsieur Dib , est-ce que, seule la parole humaine peut aider à dissiper les ténèbres du monde et donc la littérature et l’art ? 

«La fiancée du loup»  d’El Meya est inspiré par ce roman qui nous raconte  l’histoire de deux êtres enfermés dans leur solitude et leur étrangeté,

La forme narrative de ses oeuvres renvoie souvent à la parabole, à la fable, au conte, à la magie des ancêtres . Dans cette toile, elle est la fiancée du loup et non pas louve comme Faïna. Elle semble le consoler sans s’assujettir malgré la position agenouillée du personnage . Ses cheveux sont de couleur forte , rouge et le personnage à forme humaine est blanc , le sol semble foisonnant, les murs sont d’un bleu lumineux qui éclaire toute la scène et le loup (rouge aussi) s’enfuit comme échappée de son corps . 

La tragédie est-elle ici apprivoisée, dépassée, transcendée par l’art ? 

Rappelons que l’artiste est diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger en 2013, El Meya est née à Constantine en 1988, vit et travaille à Alger . Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions en Algérie et à l’international, notamment à La Baignoire à Alger, à La Friche Belle de Mai à Marseille, à Tanger. et à la 11e Biennale d’Art Contemporain Africain de Dakar en 2014.

Cette oeuvre après une exposition à la galerie Rhizome à Alger, a fait l’objet d’une acquisition par le musée de l’Institut du Monde Arabe . 

*Spéciale dédicace à Catherine DIB pour notre conversation par un dimanche  de Novembre .

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