L’Algérie compte 37.000 chercheurs, la plupart sont à l’université

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L'Algérie compte 37.000 chercheurs, la plupart sont à l'université
L'Algérie compte 37.000 chercheurs, la plupart sont à l'université

En Algérie, la recherche en entreprise est toujours faible. La plupart des chercheurs sont à l’université. Le nombre de chercheurs par habitant est loin de la norme internationale.

«L’Algérie compte actuellement 37.000 chercheurs. Ils ne sont pas tous titulaires d’un doctorat. Il y a 740 chercheurs par million d’habitants. La moyenne mondiale est de 1.500 chercheurs par million d’habitants. Le nombre de chercheurs progresse dans l’université, mais pas dans l’entreprise», a annoncé, mercredi 6 janvier 2021, à la chaîne 3 de la Radio nationale, Hafid Aourag, directeur général de la recherche scientifique au ministère de l’Enseignement supérieur.

«Nous avons 180 chercheurs en entreprise en Algérie. Un nombre dérisoire. C’est le point faible de notre système national de recherche. Partout dans le monde, 70 % des chercheurs sont dans les entreprises. Un pays ne peut pas se développer sans la R&D (Recherche et Développement) dans les entreprises », a-t-il affirmé.

« Les universités sont les moteurs du développement de la connaissance et du savoir. Mais ceux qui transforment le savoir en un savoir faire sont les ingénieurs et les chercheurs qui sont en entreprise. Il faut faire confiance au produit développé par le chercheur. L’innovation se fait en entreprise, pas à l’université », a-t-il ajouté regrettant que les entreprises algériennes publiques ou privées n’aient pas « la culture de la R&D ».

« On ne produit pas plus de 1000 ingénieurs par an«

«Il faut créer un écosystème pour que l’entreprise soit productive de savoir-faire. Actuellement, elle ne fait que du copiage et du transfert de technologie», a-t-il appuyé, plaidant pour « une mise à niveau » technologique au niveau des entreprises.

Toutefois, la pandémie de Covid-19 a, selon lui, contribué à faire évoluer les mentalités puisque les chefs d’entreprises s’intéressent de plus en plus à la R&D. Il a rappelé que dans les années 1970, les entreprises avaient des unités de Recherche et Développement, en citant l’exemple du complexe d’El Hadjar.

« Mais, dans les années 1980, les entreprises algériennes ont été déstructurées. Toutes les unités de R&D ont été détruites. Résultat : les entreprises sont devenues des structures de production, pas de conception. On absorbe de l’argent mais on ne produit pas de la valeur ajoutée », a-t-dit.

Il a dénoncé l’arrêt de la formation d’ingénieurs à l’université algérienne. « On produisait de 30 à 40.000 ingénieurs par an. Aujourd’hui, on ne produit pas plus de 1000 ingénieurs par an. L’ingénieur est le moteur du développement technologique. Heureusement que le ministère a décidé de rétablir la formation d’ingénieur à l’université », a-t-il noté en soulignant l’importance de la recherche appliquée.

« Il est impératif de revoir le statut du chercheur permanent«

Selon Hafid Aourag, le plus grand défi pour la R&D est d’encourager la mise en place d’un statut de chercheur en entreprise. « C’est important pour le développement économique du pays. Il est impératif de revoir le statut du chercheur permanent et le statut du personnel de soutien. Il faut passer de la recherche académique à la R&D. Le nombre de chercheurs permanents reste faible. Nous sommes loin de la norme internationale », a-t-il relevé.

Il a estimé que les personnels de soutien à la recherche (ingénieurs, techniciens, agents de laboratoires, etc) sont les oubliés du système national de la recherche. « L’acteur du développement technologique est le chercheur mais l’acteur principal de la mise en œuvre du développement technologique est l’ingénieur, le personnel de soutien à la recherche. Le statut actuel de ce personnel ne permet pas de les motiver », a-t-il tranché.

Il a estimé que les salaires des ingénieurs dans les centres de recherche sont démotivants parce que trop bas par rapport au niveau de vie actuel.

« Nos centres de recherche ont connu une saignée. La plupart des ingénieurs ont été attirés par les multinationales qui leurs accordent des salaires plus importants. Nous avons trop administré la recherche. Un chercheur ne peut pas travailler comme un fonctionnaire qui entre à 8h et sort à 16h. Le chercheur doit avoir de la flexibilité, venir au centre à n’importe quel moment, travailler jusqu’à minuit s’il le faut. Le statut actuel des chercheurs est celui d’administrés de la recherche. Ce statut doit être changé pour valoriser les compétences», a-t-il insisté.

Il a critiqué la bureaucratie liée au financement des laboratoires de recherche et les procédures compliquées de dépense.

L’Algérie ne bénéficie pas de transfert technologique de ses compétences à l’étranger

« A l’étranger, un chercheur voyage en première classe compte tenu de son statut dans la société. C’est ce statut que nous devons défendre (…) La compétence existe dans nos laboratoires, universités et entreprises. Il y a un certain complexe d’infériorité. Au regard de la société, l’algérien qui traverse la Méditerranée devient une compétence. Qu’en est-il des algériens qui sont en Algérie? Ne sont-ils pas des compétences? », s’est-il interrogé.

Et d’ajouter : « Je le dis honnêtement, il n’y a aucune compétence algérienne à l’étranger qui a fait du transfert de technologie en Algérie. Ces compétences viennent (en Algérie) encadrent, font des conférences, ça s’arrête là. Cela s’arrête à la formation. Nous faisons un appel aux compétences algériennes à l’étranger pour leur dire que le pays a besoin de développement technologique et de transfert de technologie… ».

Citant l’enquête menée par l’université de Stanford, Hafid Aourag a annoncé que dans le classement des 1000 meilleurs chercheurs au monde figurent 35 chercheurs algériens travaillant en Algérie. Il faut, selon lui, créer un écosystème favorable pour le développement de la recherche et de l’innovation.

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