Algérie Actualité, l’hebdomadaire d’une autre époque….

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Algérie Actualité, l’hebdomadaire d’une autre époque….

« Algérie Actualité n’a pas d’archives ! C’est malheureux de le dire ! ». C’est par ce triste constat que Mohamed Balhi a répondu à une question de Nazim Aziri dans l’émission Question d’Actu, consacrée au patrimoine culturel algérien, et diffusée en mai 2017 sur Canal Algérie.

Et M. Balhi avait raison de souligner que ce constat ne concerne pas que ce mythique hebdomadaire qui aura marqué des générations d’algériens des années 70 à 90 principalement.

Oui, ce constat attriste et révolte. Je n’ai jamais pu avoir confirmation de l’existence des archives d’Algérie Actualité  à la Bibliothèque nationale du Hamma ou au Centre National de Documentation, de Presse, d’Images et d’Information de Kouba qui annonce pourtant un Fonds bibliographique de 4 443 livres, 889 titres de revues, 6 500 volumes de journaux, 149 volumes de journaux officiels, journaux officiels sur CD-ROM de 1963 à ce jour. L’adresse mail affichée sur le site n’est pas fonctionnelle. Et les deux téléphones affichés dans les contacts non plus.


Sur le site, on peut lire que « Créé par décret présidentiel numéro 84-166 du 14 juillet 1984 et réaménagé par le Décret exécutif n°15-95 du 1er avril 2015,   le Centre National de Documentation, de Presse, d’Image et d’Information a pour mission de collecter, de traiter, de conserver et de communiquer l’ensemble du patrimoine écrit, photographique et audiovisuel relevant du secteur de la communication ainsi qu’éditer et diffuser des produits documentaires, textes et images ». Mais aucune consultation n’est possible en ligne. Et je ne sais pas si cette consultation est possible pour le grand public sur place.

L’Institut du monde Arabe (IMA) de Paris, possède une collection d’Algérie Actualité datant de 1985 à mars 1997, date de la disparition définitive du journal. Cette collection n’est malheureusement pas numérisée et a même risqué de disparaître suite à la rénovation de la bibliothèque de l’IMA en 2016. Profitant d’une visite à l’IMA, j’ai essayé de prendre le maximum de photos des unes de ce journal… Mais il faudra beaucoup plus d’une journée pour le faire. Et compte tenu de la faible demande relative à la consultation de l’hebdomadaire à l’IMA, je doute que ce travail de numérisation soit fait un jour.

Une page facebook dédiée à ce journal a été créée en mai 2017. Elle rassemble quelques articles et couvertures de cet hebdomadaire. Sans grand succès…

Sur un site français de vente d’anciens journaux, les numéros d’ Algérie Actualité des années 80 – 90 sont proposés entre 18 et 25 euros l’unité ! C’est dire !!!!!

Algérie Actualités un journal de tous les combats

Algérie Actualité fait partie de notre mémoire collective. Dans son livre témoignage « 10 ans de presse. 1962-1972 », paru aux éditions Dahlab en 2013, Youcef Ferhi, fondateur du journal raconte, avec de menus détails, la naissance de cet hebdomadaire en septembre 1965, sous l’œil inquisiteur de Bachir Boumaza, ministre de l’information à cette époque. Le titre initial proposé par Youcef Ferhi était « Algérie-Dimanche », titre refusé par le ministre parce qu’il rappelait « France-Dimanche », le mot Dimanche étant remplacé par Actualité avec une maquette et un logo proposés par Bachir Rezzoug qui auraient séduits le ministre.

Dans ce livre, l’auteur rapporte les débuts d’ Algérie Actualité, ses difficultés à trouver une bonne équipe rédactionnelle, le ministre lui ayant interdit de débaucher ceux du journal d’El-Moudjahid, et l’extraordinaire ascension du journal, devenu une référence nationale : «Algérie-Actualité devenait de semaine en semaine une référence. Il a été, quand il ne les a pas suscités lui-même, de tous les débats sur les grands sujets tels que l’éducation, la santé, la culture, les finances, la jeunesse, la femme».

Qui ne se souvient pas de ces quelques grands noms, parmi d’autres :

– Abdelkrim Debbih, Malika Abdelaziz, Akli Ait-Abdellah, Baya Gasmi pour la rubrique politique,

– Génia Boutaleb, Mustapha Chelfi, Abdelkader Hamouche, Hanafi Taguemout pour la rubrique « culture »,

– Tahar Djaout , Nadjib Stambouli, Azzedine Mabrouki pour la rubrique « économie », – Abdelkrim Djilali, Mohamed Dorban, Tawfik Hakem pour la rubrique « arts et spectacles »

– Mohamed Balhi, Ghania Mouffok, Ahmed Mostefaï, Mohamed Dorban, Lazhar Moknachi pour la rubrique « société ».

Sans oublier bien sûr Abdelkrim Djaad, le rédacteur en chef d’ Algérie-Actualité dans les années 1980 qui a tenté désespérément, en 2004, de ressusciter le journal avec le titre « le Nouvel Algérie actualité ». En vain..  Djaad est décédé en janvier 2015, sans voir ce projet qui lui tenait à cœur se réaliser.

Qui ne se souvient pas de ces titres mémorables à la Une du journal pour les grands événements comme la mort du Président Boumediene, le tremblement de terre d’El-Asnam, l’élection de Chadli, les manifestations du 5 octobre, la torture… ? Des titres qui sont restés gravés chez nombre de mordus de la presse de cette époque. Presse sous contrôle, où il fallait lire entre les lignes pour comprendre ce que le journaliste voulait faire passer comme message. Époque où l’autocensure était presque la règle pour des journalistes « fonctionnaires » dont la carrière était régie par une grille d’avancement officielle à l’ancienneté. Qu’ils contribuent ou pas à la rédaction du journal, et à un même échelon, les journalistes avaient le même salaire.

Mais cela n’empêchait pas ces journalistes de terrain de faire des investigations sur des sujets très variés relatifs à la société, la culture, les arts, les sports où ils profitaient parfois de l’occasion pour faire une critique objective des responsables de l’époque qui pouvait échapper à la censure.

Beaucoup de journalistes d’Algérie Actualité des années 70 – 90 sont encore vivants, certains sont décédés, d’autres assassinés.

Que ce soit pour Algérie-Actualités, pour les autres journaux, comme pour d’autres domaines – musées, sites archéologiques, ouvrages d’art, Casbah, traditions…- il parait évident que la conservation de la mémoire collective relève de la politique de l’État en la matière.

En Février 2016, le ministère de la culture avait repris le colossal travail du musicologue Benkalfat aidé par une soixante de personnes du monde des arts et de la culture, relatif à la création d’un site Internet dédié au patrimoine culturel algérien. La richesse de ce site est inouïe par les rubriques qu’il propose : musique, contes, littérature, théâtre, cinéma, poésie, arts rupestres, sculpture, calligraphie…. Cependant, aucune place n’a été prévue pour le patrimoine relatif à la presse.

PS. Qu’on me pardonne l’écriture des noms des journalistes ou ce que je rapporte comme faits qui mériteraient peut-être d’être corrigés ou complétés.

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1 commentaire

  1. Merci pour cet article fort instructif. Cependant, je me permets de nuancer l’enthousiasme de son redacteur qui, à sa lecture, donne l’impression que AA était la source de jouvence de la liberté de la presse et d’opinion, de la liberté éditoriale et politique.
    Malheureusement, malgré l’existence de noms qui deviendront prestigieux, grâce à la presse dite indépendante à partir de « l’aventure intellectuelle » des années 90, AA comme El Moudjahid évoluaient dans un environnement politique dictatorial. Un tel environnement ne laissait aucune place à la liberté de la presse. Pire, ces journaux étaient gérés administrativement par le ministère de l’information/communication qui en faisaient des organes officiels de la propagande non moins officielle.
    Combien d’événements politiques et d’actualités importants passés sous silence par AA, durant les années 70/80? Tout ce qui ne s’inscrivait pas dans la logique du pouvoir était interdit. La censure était la maxime de gestion éditoriale.
    Les journalistes étaient-ils compétents? Qui oserait en douter, en lisant les noms des Djaout, Durban, Benchicou, Mouffok, Djaad, Metref, Gacemi, Souissi, Belhouchet, Stambouli et autres? C’est juste que toutes ces personnes ont évolué dans un environnement fermé et elles ont « fait avec », en attendant des jours meilleurs.
    Comparaison n’est pas raison, selon l’adage, mais je vais l’oser : c’est comme en Iran, on parle des élections présidentielles et parlementaires. On parle d’une compétition électorale entre les « modérés » et les « radicaux ». Toute la différence entre ces deux courants se situe au niveau de certains points : pour schématiser, l’exemple de la longueur des voiles des femmes. Personne ne remet en cause ni le principe du voile, ni le statut inférieur des femmes, ni l’État islamique et son totalitarisme, ni la suprématie à vie du véritable dirigeant du pays : l’ayatollah Khamenei. La liberté dans un cadre fermé, verrouillé, cadenassé.
    En résumé, durant cette période, tout ce qui n’était pas interdit était juste toléré. La liste des interdits étant longue, l’autocensure a fait le reste. Tout est donc relatif : Algérie Actualité était de meilleure qualité quand on le compare à … El Moudjahid. Cette comparaison porte en elle ses propres limites. La preuve : ni l’un ni l’autre n’ont résisté à la déferlante de la presse indépendante, née des décombres de cette presse aux ordres.

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