Une rétrospective et un court-métrage, ont été consacrés en 2019, au musicien universel Ahmed Malek. Peu connu des nouvelles générations, ce compositeur de génie a signé de célèbres bandes originales du cinéma algérien.

Ahmed Malek était le chef d’orchestre de la radio algérienne. Il a composé la musique de nombreux films cultes algériens, notamment «Les vacances de l’inspecteur Tahar », «Omar Gatlato», «Leila et les autres». Décédé en 2008 à l’âge de 76 ans il laisse derrière lui un riche patrimoine musical.

Ahmed Malek
(crédit: Yasmine Ouali)

11 ans après sa mort, une jeune réalisatrice franco-algérienne, Paloma Colomb, lui rend un fervent hommage. Grace à son documentaire  intitulé « Planète Malek », une sommité de la musique algérienne revient sous les projecteurs. 

Sur la genèse de ce film, Paloma dira que c’est avant tout une aventure humaine, bercé par de belles rencontres. Le propriétaire du label musical «Habibi Funk» Jannis Sturts, avait obtenu un financement de «Appel Music» pour la réalisation d’un film sur un artiste de son choix. Ami proche de Paloma, Jannis lui propose de faire un documentaire sur Ahmed Malek et lui confie tous les projets de «Habibi Funk » avec l’Algérie.

L’aventure « Planète Malek » commence en septembre 2018. Paloma rencontre la fille de l’artiste Henia Malek, qui l’accueille dans son appartement au Golf, où son père a composé la majeure partie de son œuvre. L’entente est immédiate. Hénia va raconter son père à travers des anecdotes, dressant ainsi un portrait unique et authentique de Ahmed Malek.

Derrière sa caméra, Paloma donne la parole à ceux qui l’ont le mieux connu. Des personnes de son entourage proche, amies et collaborateurs, qui ont connu à la fois l’artiste et l’homme. Les histoires qu’ils racontent, sont pour Paloma un fonds documentaire inestimable.

«L’univers de Ahmed Malek m’a été reconstitué grâce à Hénia et ses amis les Guechoud. En plus des anecdotes sur l’artiste, j’ai pu consulter une formidable collection de vinyles, des photos de Ahmed Malek en Algérie et partout dans le monde, des partitions manuscrites, toues ces archives m’ont permis d’être au plus proche de ce grand homme» se souvient Paloma.

Ahmed Malek le « globe-trotteur »

Pour raconter Ahmed Malek, Paloma va prendre deux angles : ses voyages dans le monde et démontrer que c’était un précurseur de la musique électronique.

«Ahmed Malek sillonnait la planète, le Canada, le Sénégal, l’Europe, il est même resté six mois au Japon. Dans sa valise il rapportait des influences musicales, qu’il mélangeait à sa musique et le résultat était simplement du Ahmed Malek» confie Paloma.

(crédit: Yasmine Ouali)

Le second acte évoque son côté précurseur. Paloma explique qu’Ahmed Malek travaillait sur le «clavier atari» qui permettait de composer de la musique. Ahmed Malek était le premier à l’utiliser en Algérie et au Maghreb. Il se servait également de la technique «MAO» musique assistée par ordinateur, détaille Paloma.

«Son ami et confrère, Mohamed Guechoud, nous montre à quel point Ahmed était visionnaire et en avance de son temps, il conserve chez lui encore ces machines qu’ils utilisaient à l’époque, témoin du génie de Ahmed Malek ».

Ces gens qui l’ont connu, s’accordent à dire que la musique l’habitait, il écoutait et composait à longueur de journée. Sa fille Hénia estime que la musique de son père est reconnaissable par son style mais elle n’a pas de genre, car il s’imprégnait de différentes influences mais composait ce qu’il ressentait.

«Dans une meme chanson, on pouvait avoir un coté très mélancolique, après avoir une espèce de percussion, qui vient et ça devient festif » témoigne Hénia dans le film.

Le documentaire «Planète Malek» a été projeté à l’occasion de la première rétrospective dédiée à cet artiste, qui s’est déroulée en juillet 2019 au musée d’art moderne d’Alger le (Mama).

(crédit: Yasmine Ouali)

Les organisateurs de cette exposition avaient restitué chaque composante de l’univers Malek. Des photos, des vinyles, coupures de presse, ses distinctions, ses instruments, et bien d’autres objets retraçant le long parcours de ce maître musicien.

Ceux qui avaient visité cette exposition, ont certainement remarqué que le plus impressionnant de cette rétrospective, était de découvrir le nombre de festivals auxquels l’artiste a pris part. Il a sillonné la planète, rapportant dans ses valises des sons aux multiples influences.

Pour n’en citer que quelques représentations internationales de Ahmel Malek, le festival de Baltimor aux USA dans les années 80, il participe à la tribune de musique africaine à Dakar, Brazzaville, et Tunis. Il a également été délégué responsable de l’animation artistique au pavillon de l’Algérie à l’exposition universelle de Séville.

Pour mesurer le talent de Ahmed Malek, il suffit de voir le nombre de distinctions qui lui ont été accordées tout au long de sa carrière. En 1972, il se voit attribuer “le premier prix des arts et des lettres de la composition”. La médaille d’or au festival panafricain en 1976 et “le Prix du mérite nationale pour la composition musicale en 1987.

Le «Cinéma Malek»

Dans les années 70, l’Office national pour le commerce et l’industrie cinématographique (ONCIC), a pris la décision politique de faire les musiques de films par des compositeurs Algériens. Ahmed Malek est parmi ces compositeurs, il est même en tête de liste.

L’artiste se voit confier les partitions de la plupart des films majeurs des années 70. Moussa Haddad lui confie la musique de son fameux film “les vacances de l’inspecteur Tahar”. Plusieurs autres suivront “Omar Gatlatou” de Merzak Allouache, “Zone interdite” d’Ahmed Lallem, “Moisson d’acier” de Ghaouti Bendedouche, “Autopsie d’un complot” de Slim Riyad, “les déracinés” de Lamine Merbah et tant d’autres films algériens.

Ces films, rythmés à la musique de Ahmed Malek, ont eu un écho dans le monde entier. Ils ont été projetés dans de prestigieux festivals, et ont remporté de nombreuses distinctions. C’est ainsi que le talent de Ahmed Malek a dépassé les frontières nationales. Il se faisait solliciter à plusieurs reprises pour collaborer dans la composition de musiques pour des films étrangers.

Cette époque glorieuse prend fin dès le début des années 80. Survient alors une longue traversée du désert.

Dans un entretien accordé au “Parcours Littéraire” en 1991, Ahmed Malek exprimait son inquiétude sur l’état de la culture en Algérie. “Une chose me rend malheureux, l’état de décrépitude dans lequel se trouve la culture de notre pays. Une enquête reste à faire sur le détournement des conservatoires de musique de la majorité de nos villes. Et ce n’est pas non plus encourageant de maintenir dans l’ombre et l’oubli des talents nombreux”, déplorait-il à l’époque.

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