Affaire des visas : Crise diplomatique en vue entre Alger et Paris

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Affaire des visas : Crise diplomatique en vue entre Alger et Paris

Après l’affaire des sous-marins français refusés par l’Australie, la France doit faire face à une autre crise diplomatique. Avec l’Algérie en raison de la réduction des visas pour les Algériens.


Le ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a convoqué, ce 29 septembre, l’ambassadeur de France à Alger, François Gouyette, pour lui annoncer une protestation de l’Algérie après la décision de Paris de réduire les visas de circulation de 50 % pour les Algériens « quelque soit l’objet du voyage ».


Une décision considérée comme « l’exécution d’une menace » après le refus des pays du Maghreb de délivrer des laisser-passer consulaires nécessaires au retour des migrants refoulés de France, munis d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Paris a également décidé de réduire de 50 % les visas pour les Marocains et 33 % pour les Tunisiens. Le nombre des Maghrébins en situation irrégulière condamnés à la reconduction aux frontières est de 13.000 dont plus de 7000 algériens.


« Décision unilatérale »


« Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a convoqué aujourd’hui, l’ambassadeur de France en Algérie pour lui notifier une protestation formelle du gouvernement algérien suite à une décision unilatérale du gouvernement français affectant la qualité et la fluidité de la circulation des ressortissants algériens à destination de la France », est-il précisé dans un communiqué.


« Cette décision qui est intervenue sans consultation préalable avec la partie algérienne comporte l’anomalie rédhibitoire d’avoir fait l’objet d’un tapage médiatique générateur de confusion et d’ambiguïté quant à ses motivations et à son champ d’application », est-il ajouté.


L’Algérie déplore, selon la même source, un acte malencontreux qui frappe de précarité et d’incertitude « un domaine sensible de coopération postulant la confiance ainsi que le respect de la dignité des personnes humaines et des engagements pris par les deux gouvernements ».


« Coopération franche »


La convocation de l’Ambassadeur de France est une seconde étape après l’annonce de Paris de ne délivrer que 31.000 visas pour les Algériens durant les six prochains mois.


Mardi 28 septembre, Amar Belani, envoyé spécial chargé des pays du Maghreb et du Sahara Occidental, a qualifié de « disproportionnée » et de « malencontreuse » la décision français.


« Sur le fond, la dimension humaine est au cœur des spécificités de la relation algéro-française et du partenariat d’exception qui lie les deux pays », a-t-il dit lors d’une déclaration à l’APS.


Selon lui,  la gestion des flux humains postule une coopération franche et ouverte et « suppose une gestion commune dans un esprit de partenariat et non pas de fait accompli qui relève de considérations unilatérales propres à la partie française ».


« Tant que vous ne reprenez pas vos compatriotes… »


Gérald Darmanin, ministre français de l’Intérieur, a expliqué les restrictions en matière de visas. « Nous allons diminuer le nombre des visas, mais ce n’est pas une politique nouvelle. Le Président de la République l’a déjà fait, il y a deux ans et demi vis-à-vis de certains Etats du Maghreb. On donnait quelques centaines de milliers de visas en 2019. Des dizaines de milliers en 2020, il y a eu l’effet Covid-19. Et là, l’idée, c’est de faire un visa sur deux. On le fera au cas par cas, cela dépend des relations qu’on aura avec ces pays », a-t-il déclaré lors d’une interview à RMC/BFMTV, ce mercredi 29 septembre.


« Pourquoi faisons nous cela? Une partie des  Algériens, Marocains et Tunisiens, qui sont sur le sol français, ne sont plus acceptés par ces pays, soit parce qu’ils sont des islamistes radicaux, soit parce qu’ils sont délinquants, soit parce qu’ils doivent quitter le territoire national. Nous, nous leur disons, tant que vous ne reprenez pas vos compatriotes, et bien nous ne les acceptons pas », a ajouté Gérald Darmanin parlant « d’une crispation naturelle dans la vie des pays ».


Des propos menaçants et peu diplomatiques qui risquent de compliquer la relation entre Alger et Paris, déjà tendue depuis plusieurs mois.


En novembre 2020,  Gérald Darmanin était venu à Alger poser le problème de la réadmission des migrants algériens en situation irrégulière en insistant sur les personnes inscrites au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste).


Aucun laisser-passer consulaire sans vérification d’identité


La réponse d’Alger était claire : aucun laisser-passer consulaire ne sera accordé sans vérification d’identité des personnes condamnées à l’expulsion. Les personnes arrêtées pour migration clandestine sont souvent dépourvues de documents d’identité prouvant leur nationalité algérienne.


Les autorités françaises le savent et donnent l’impression d’ignorer cette condition imposée par Alger pour des considérations sécuritaires.  L’Algérie refuse d’accueillir sur son territoire, sous prétexte de lutte contre la migration clandestine, des individus à la nationalité algérienne non prouvée ayant séjourné dans des zones d’activité terroriste intense comme la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan.


Alger, qui rejette le langage du chantage et qui applique souvent la règle de la réciprocité, note que la mesure de restrictions de visas, ciblant uniquement les Maghrébins, arrive en plein débat électoral sur la migration imposé par l’extrême-droite et les courants populistes racistes en France.


Aussi, la colère diplomatique d’Alger est-elle liée à cette idée d’utiliser la politique des visas comme une carte électorale au détriment de la libre circulation des personnes, notifiée dans l’Accord d’association signé avec l’Union européenne.


Le pardon du président français Emmanuel Macron accordé aux Harkis, supplétifs Algériens de l’armée coloniale française durant la guerre de libération nationale, fait partie du « package électoraliste » du locataire actuel de l’Elysée  qui, comme ses prédécesseurs, rejette toute idée de reconnaissance de crimes coloniaux français en Algérie.

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1 commentaire

  1. Crise diplomatique , vous dites ? Que n’enni, car entre l’Algérie est la France le cordon « ombylical »n’est pas tout à fait coupé. Certains diront que l’Algérie est indépendante et s’ils le pensent réellement , ils n’ont qu’à jeter un coup d’oeil sur ce qu’a laissé la France coloniale qui est toujours d’actualité. On peut citer les textes qui régissent la juridiction en Algérie ainsi que l’organisation administrative du pays : toute la structure pyramidale du pays est restée calquer sur l’organisation administrative en France. L’existence du corps de la gendarmerie qui n’existe nulle part ailleurs sauf dans les pays colonisés par la France ou les pays francophones, sans oublier ces couleurs des tenues de la police .
    Pour être indépendant l’Algérie doit se décharger de tous ces signes francophiles et avoir sa structure fonctionnelle propre , sans parler de tous ces contrats signés en privilégiant les sociétés françaises.

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